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15 mars 2010

Huahine

De retour sur la grande île nous avons quelques heures à tuer avant de rembarquer, direction le merveilleux marché. Les étals sont colorés, les odeurs nous mettent l'eau à la bouche, les gens sont adorables, souriants, fleur à l'oreille, poisson cru au lait de coco, riz, bananes, je suis devenue accro.

Le bateau est à quai, prêt à nous embarquer pour une traversée de quelques heures direction Huahine. J'ai longuement entendu parler de cette île, je me languis de la découvrir. Je ne le sais pas encore mais celle-ci va bouleverser ma vie.

Nous arrivons à destination en pleine nuit, nous nous installons sur la plage en attendant le lever du soleil, la roulotte est là, brochettes de thon grillées et riz nous feront patienter. Une fois de plus je vais être surprise lorsqu'un homme se dirige vers nous, s'avance vers mon ami et le salue chaleureusement. Après toutes ces années lui aussi l'a reconnu. Il nous invite à installer notre tente chez lui, ce sera notre lieu de séjour. Le matin toute la famille nous accueille, enfants, adultes, sourires, fleurs comme la tradition l'exige. Nous ne souhaitons pas les déranger mais très vite nous vivons avec eux et sommes considérés comme faisant partie de leur famille. Augustine, Frédéric, Marutea, Hinanui, Ereani, Manini, Elvira. Nous passons de merveilleux moments, partageons nos repas, vivons au rythme du soleil. Une certitude m'envahit soudain: je veux vivre ici, avec eux, comme eux. Je m'y sens tellement bien, ici tout me parait simple, il n'y a pas de faux semblants, la vie y est parfois rude et précaire mais qu'importe. Si nous le voulons nous pouvons rester ici pour toujours, le terrain nous est donné, une maison sera construite, nous sommes adoptés. Certains impératifs ne nous le permettrons pas à notre immense déception.

Les jours passent et nous reculons chaque jour la date du départ, nous sommes tellement bien ici, nous faisons de merveilleuses rencontres. Joshua nous fait visiter l'île, les marae, temples sacrés, les plantations de vanille siuées dans la fôret, les parties de pétanque, nous passons de bons moments en sa compagnie. Teva, ancien surfeur devenu pêcheur de maï-maï, le goût du poisson à peine sorti de l'eau, la hinano bien fraîche.

Ce soir là nous décidons de cuisiner ensemble, ils cuisineront tahitien, je cuisinerai français. Au port nous achetons un thon frais entier, Manini le prépare façon sashimi sauce huître, cru au lait de coco, grillé accompagné de Uru (fruit de l'arbre à pain). De mon côté j'improvise avec le peu de produits trouvés. Ce sera taboulé, caviar d'aubergines, fromage et vin rouge. Ma cuisine leur plaît, ils sont tellement heureux de pouvoir goûter à ces recettes qu'ils ne connaissent pas. Nous discutons longuement, ils sont tellement avides de connaître notre façon de vivre, notre pays, notre ville, sans une seule pointe d'envie. J'apprécie ces échanges, je me sens bien avec eux, je suis chez moi. La soirée se termine par des chants au son du ukulele, au bord du lagon, sous les étoiles.

Il ne nous reste plus que quelques jours à partager avec eux, déjà je sens mon coeur se serrer mais je veux profiter au maximum. Ce matin là deux surprises m'attendent. A peine levée je vais me baigner, j'aperçois non loin un banc de dauphins. Ni une ni deux j'enfile mon attirail, retourne à l'eau, nage dans leur direction en tapant sur l'eau pour les attirer. Ils approchent, ils sont là tout près de moi, je n'y crois pas, ils sont magnifiques, restent un moment puis s'éloignent. Plus tard je me rend au port et vois un attroupement. Une baleine et son baleineau sont rentrés dans le port. Je m'y attarde un moment, ils disparaissent, je pars flâner sur la plage de corail qui jouxte notre campement. Je regarde l'océan, réalise à quel point ce voyage m'a chamboulée, combien ces gens vont me manquer lorsqu'à quelques mètres de moi une masse sors de l'eau. La baleine est là. Je suis tellement stupéfaite que j'ai peine à y croire, le baleineau est là aussi et tous deux nagent sous mon regard ébahi. Manini me dit que c'est de bon augure. Je n'en reviens toujours pas.

La date du départ approche, il est malheureusement temps de nous quitter. Je laisse beaucoup de mes affaires aux filles, mes palmes, masque et tuba iront à Frédéric, je promet de renvoyer le reste dès mon retour en France. Les mots tremblent, les yeux s'emplissent de larmes, nous sommes couverts de colliers de coquillages qui sont de rigueur lors des départs. Toute la famille est rassemblée pour nous souhaiter un bon retour, nous nous promettons de garder contact, nous espérons revenir un jour. Les au-revoirs sont déchirants, nous sommes en pleurs lorsque nous montons à bord du bateau qui nous ramènera vers la grande île. La tempête fait rage cette nuit là, la mer est déchaînée, nous sommes soulagés lorsque nous posons pied à terre. Ce contretemps ne nous permettra pas d'honorer le rendez-vous pris pour immortaliser notre voyage à notre grande déception. Le coeur lourd nous nous apprêtons à passer notre dernière nuit dans cet archipel. Nous ne nous mêlons pas aux touristes présents, nous n'y arrivons pas. Nous avons vécu avec et comme les polynésiens, nous nous sentons totalement étrangers à ces heureux gagnants d'un voyage pour une semaine tous frais payés.

Ce mois passé ici nous aura appris beaucoup sur nous mêmes, les expériences humaines ont été magiques, les rencontres et les liens créés resteront à tout jamais dans ma mémoire. Lorsque nous montons dans l'avion c'est un déchirement, l'avion décolle alors que je pleure à chaudes larmes en regardant l'Océan Pacifique.

15:22

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