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30 mars 2010

Elles

Longtemps je n'ai traîné qu'avec des garçons, je n'ai pas de frère, j'ai toujours été un peu le garçon manqué de la famille, peut-être sont-ce des raisons. Mes amis étaient principalement masculins, j'avais bien quelques copines, il y a toujours à un moment donné la meilleure amie, celle dont on souhaiterait être la soeur, celle dont on pense que rien ne pourra changer ce lien fort. La vérité c'est que je me trouvais différente des autres filles, l'impression de ne pas être à ma place en leur compagnie, l'impression que toutes étaient plus jolies, drôles, intéressantes que moi.

Ces amitiés masculines m'ont valu une drôle de réputation, on me regardait de travers, les filles me détestaient, j'étais celle qui se mettait les mecs dans sa poche, celle qui reniait les filles, celle qui parlait en douce à tout ces garçons, une genre de fille légère, de salope, de marie-couche-toi-là. C'était bien mal me connaître, je n'étais pas vraiment une fille qui plaisait, mais avec une telle réputation ça me confortait dans l'idée que les filles et moi on n'avait rien à faire ensemble.

Et puis j'ai grandi, mes affinités allaient toujours naturellement plus vers les garçons, mais je me sentais un peu plus fille, j'ai appris à connaître certaines d'entre elles, à créer des liens, à me sentir plus à l'aise, je devenais une fille moi-même. La menace que je représentait n'était plus, c'est ce que je croyais. Je suis entière, sensible, émotive, chaleureuse, tactile, apparemment ça ne plaît pas à tout le monde. Dans ma façon d'être aucune ambiguité, aucun sous-entendus. Je t'aime je le montre, je ne t'aime pas je le montre aussi. Les affinités ça ne se contrôle pas. Cette attitude m'a valu malgré moi des remarques, jalousies, de nouveau je symbolisais une menace pour les filles, comme si j'étais prête à fondre sur la proie que représentait leurs hommes. Ce n'est tellement pas moi. Ah ça des défauts j'en ai, loin s'en faut, mais voler l'homme d'une autre ça jamais. Plus d'une fois j'ai été blessée que l'on puisse croire ça de moi, j'ai essayé de changer ma façon d'être, je n'y suis pas vraiment parvenue, je suis comme je suis. La seule solution dans ces cas là est de prendre des distances, de s'effacer un temps, de laisser mourir au vent ces allégations. Finalement je me dis que ces personnes devaient avoir si peu de confiance en elles, envers les autres, envers l'être aimé.

Je me suis aussi rendue compte que des filles comme moi y'en avait, et pas qu'une. J'ai réalisé qu'entre filles on se comprend, on se dévoile, on se confie. Les affinités aidant, j'ai su créer des liens forts avec quelques filles, elles sont devenues des amies chères, m'ont soutenu dans les moments les plus durs, je suis là pour elles, elles le sont pour moi. Je les aime. Je les compte sur les doigts de la main, je ne cherche pas à en faire collection, celles là sont les bonnes, les vraies, les seules.

Les filles et moi c'est l'histoire de ma vie, ma maman, mes soeurs, mes amies.

12:59

27 mars 2010

Sauvé(e)

Ce matin il m'est réapparu, là, toujours au même endroit, dans ces couloirs qui me paraissaient si vides depuis notre dernière rencontre.

Lorsque je l'ai aperçu au loin je n'ai pu contenir mon sourire, un sourire de soulagement, de joie, un sourire éclatant. Je me suis approchée, il était heureux de me voir, je lui ai demandé de ses nouvelles, je voulais tout savoir cette fois-ci, ne rien oublier, ne pas regretter. Les choses ont drôlement bougées pour lui, bientôt un toit, un travail, il me dit que je ne le verrai plus très souvent désormais. Ça me peine mais je ne peux que me réjouir pour lui, soulagée qu'il puisse quitter ces couloirs, qu'une nouvelle vie s'ouvre à lui, que toutes ces rencontres n'ont pas été vaines. Il a même rencontré une femme, il n'est pas prêt, je remarque quand même la joie que ça lui procure, je suis heureuse pour lui.

Je lui dit que je me suis sentie stupide après notre dernière rencontre, que je ne lui avait rien demandé, que je voulais à tout prix l'aider. Il me remercie, me dit simplement que seule ma présence est importante, mon sourire, ma gentillesse, que c'est déjà beaucoup pour lui, que je ne dois pas me sentir coupable ni m'inquiéter. Une fois de plus j'en suis touchée. Une fois de plus ma sensibilité prend le pas, l'émotion m'envahit, il le voit, se sent gêné, a peur que je sois triste. J'ai les yeux embués, je ris, toutes les émotions se mélangent, je lui dis que ce n'est que de l'émotion, pas de la tristesse.

Une fois de plus il perçoit des choses sur moi, il m'en fait part, me dit que gentille comme je suis personne ne devrait me faire du mal, qu'il faut que je fronce plus les sourcils, que je dois rester telle que je suis mais être plus sur mes gardes. Il a tellement raison, je repense à une phrase que l'on m'a dit un jour: 'on ne doit pas prendre ta gentillesse pour de la faiblesse.'

Quelques phrases plus tard je lui demande son nom, il me donne également un numéro de téléphone, me remercie encore et encore, me dit que lorsqu'il sera installé on pourrait se voir afin de se donner des nouvelles. Il me prend la main, me souhaite une bonne journée, je pars.

Je ne sais pas quand est-ce que je le reverrai, j'espère que sa vie sera belle.

Je marche dans la rue, le vent souffle, comme s'il balayait avec lui toutes mes inquiétudes, je me sens légère, soulagée d'avoir pu apporter un peu d'humanité à cet homme, soulagée pour son futur, je ne ressens plus cette angoisse qui m'avait assaillie la dernière fois. Je suis toujours sous le charme de cette rencontre improbable, sous le charme de cet homme qui a su deviner en moi certaines choses, je n'oublierai jamais ces moments et ces paroles échangées.

09:33

26 mars 2010

Lui

Lui, je le vois le matin. Pas tous les matins, les matins où le hasard s'en mêle, les matins où je ne suis pas en retard. Il me parle, me raconte, me demande, quelques sous-entendus, je fais l'air de rien, celle qui n'a pas entendu, l'air d'être encore endormie. Je souris en moi-même.

Il est gentil, je ne saurai pas dire comment tout ça a commencé, à part un bonjour, bonne journée, à bientôt. Je dois avoir une tête qui inspire confiance, qui entraîne la discussion, qui prête aux rencontres. Ca m'amuse, ça me flatte, c'est agréable de bon matin de recevoir un sourire, de percevoir une oeillade, un semblant d'attention. Nos chemins se séparent ensuite non sans des regards lourds de sens, des gestes amicaux qui s'envolent au vent.

Je ne le connais pas, je pense lui plaire, je ne sais pas vraiment, il a une alliance, je crois pourtant qu'il n'est plus marié, peut-être est-ce le genre d'homme à la porter même après, je n'en sais rien en fait, c'est ce qu'il m'inspire. Il a l'air gentil, doux comme un agneau, il essaie d'en savoir plus sur moi, je ne lâche pas grand chose, quelques informations sans grande importance. Il n'est pas franchement beau mais pas moche non plus, il n'est pas franchement vieux mais pas jeune non plus, il a un je ne sais pas quoi de rassurant, d'attirant. Il représente le masculin, la virilité, la maturité, la douceur aussi.

Parfois j'aimerai me laisser aller, me blottir dans ses bras, y trouver de l'affection, de l'apaisement, me faire dorloter, me sentir désirée, ne plus penser à rien, profiter. Nos rencontres sont fortuites, ne durent que l'instant de ce voyage lors duquel il me transporte, je sais que je ne ferai rien pour déclencher quoi que ce soit, je sais que tout ça n'aurait pas d'avenir, je sais que beaucoup de choses nous séparent, je le sais.

Et pourtant.

09:55

25 mars 2010

Voix

Certains jours je passe beaucoup de temps au téléphone. J'appelle des hommes, des femmes, certains je les connais en vrai, certains non.

Les voix des gens ça me plaît.

J'aime les voix graves, enfantines, cassées, sensuelles, douces, chaleureuses, fluettes, suaves, souriantes. Je m'imagine des visages, comme lorsque j'écoute la radio, des tempéraments, ces gens que je ne connais pas prennent forme, ne sont plus seulement des voix, on finit par se connaître par voix interposées. Les rapports deviennent plus amicaux. Comment vas-tu ? Ça fait plaisir de t'entendre, bonne journée, à bientôt. Je finis par intercepter les variations de voix qui trahiraient quelques sentiments, la gaieté, la lassitude, l'énervement, la tristesse, bien d'autres encore. Tellement de tonalités différentes qui transmettent autant de sentiments différents, tellement de manières de parler selon les interlocuteurs.

Parfois je reçois des coups de fil d'inconnus qui veulent m'interroger sur ci ou ça, me vendre telle ou telle chose, j'aime aussi ces voix là qui me sont totalement inconnues, ces personnes qui partagent un instant de ma vie, je réponds aux questions, je suis bon public, une voix chaleureuse facilite les discussions, il m'est arrivé de sentir un échange particulier, un bref instant où la raison de l'appel s'était envolée. Les gens me parlent, je ne vois pas leurs yeux, je ne sais pas ce qu'ils me transmettraient, je dois décrypter les voix, décoder le sens des phrases, comprendre sans voir, juste entendre.

Parfois les voix me laissent tellement rêveuse que j'aimerai tout quitter, me laisser entraîner, les suivre à l'autre bout du fil, comme hypnotisée, me laisser commander, un total laisser aller en pleine confiance.

10:27

23 mars 2010

Rêveries

J'ai comme une envie de m'asseoir sur un banc, de regarder passer les gens et de rêver. J'ai comme une envie de nature aussi, d'herbe fraîche et humide, la renaissance du printemps, les bourgeons sur les amandiers, les crocus qui sortent de terre, les effluves des premières fleurs, la chaleur du soleil, les pieds nus.

Je regarde les sourires des amoureux, les baisers volés, les premiers rendez-vous où chacun se sent timide, elle rougit, il sourit, un ange passe, les vibrations du bonheur émanent, c'est beau. Un frisson me parcourt. Je souhaiterai être là, le premier rendez-vous qui fiche la boule au ventre, le cœur qui bat à tout rompre, les premiers mots échangés, les premiers effleurements, la gêne se dissipe peu à peu. Ces moments où l'on se sent vivre, où l'on se sent fort, où rien n'est important à part cet instant, où le temps file doucement.

Tout mon corps les réclame. Cette transe provoquée par l'autre, cette tendresse donnée et reçue, cet abandon de soi en parfaite confiance, cet état d'excitation à l'idée même de le voir, les hormones qui provoquent un bien être absolu, la sensation d'être unique.

Mon cœur, ma tête, la moindre cellule, parcelle de peau sont à l'affût. Où est celui qui me fera vibrer, qui me comprendra, qui me laissera être moi-même, pleinement, naturellement, sans fards, qui comprendra mes peurs, mes peines, mes doutes, mes bêtises, ma douce folie. Celui qui me complètera, celui avec qui les silences seront des moments choisis, sans gêne, celui avec qui je me laisserai aller, celui qui saura briser cette carapace, celui qui me redonnera confiance en moi, envers les hommes, envers cette vie.

La tendresse d'un couple m'émeut, je les envie, c'est pas beau comme sentiment, je le sais, pourtant j'aimerai être à leur place, me sentir aimée, désirée, être importante pour quelqu'un, sentir le regard de l'être aimé, rougir tendrement. Je ne connais plus tout ça, je ne sais plus quelle sensation ça procure, il ne me reste que des bribes de souvenirs faussés par des actes malintentionnés, les sensations sont altérées, ces hommes qui m'ont tant mises à mal m'ont laissé un goût amer indigne de l'Amour.

J'aimerai être comme ces fleurs qui s'épanouissent chaque printemps, fidèles à elles-mêmes, prêtes à ouvrir leurs corolles, à laisser s'échapper leurs parfums, insouciantes. Ces fleurs dont on se délecte de leur beauté, de leurs couleurs, de leurs effluves, ces fleurs dont la simple vue procure ravissement et bien-être.

19:56