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11 mai 2010

Pendant qu'il est encore temps

En se levant ce matin là elle sentit une certaine oppression dans sa poitrine, dans son ventre. Elle crut d'abord que c'était dû à la nuit qu'elle venait de passer, à ces mauvais rêves qui l'agitait. Depuis quelques temps déjà elle ne se sentait pas reposée lorsqu'elle se réveillait. Une douche  brûlante, un petit déjeuner et plus rien n'y paraitrait. En temps normal.
Ce jour là rien n'y fit.


Elle était venue dans cette maison qu'elle connaissait si bien pour fuir les tensions citadines, elle qui aimait tant le calme et la campagne. Elle avait envie de se retrouver, de se ressourcer et de laisser libre cours à ses pensées. Elle savait qu'un jour tout devrait sortir, qu'elle ne pouvait plus continuer à tout enfouir au fond d'elle sans cesse. Et cette oppression qui la martelait depuis des heures déjà. Elle se rendit à l'évidence. Le moment qu'elle espérait et redoutait à la fois était venu.

Elle prépara du thé, s'installa dans la fraîcheur de la terrasse encore ombragée. Elle resta assise un long moment rêveuse, à regarder la feuille blanche, hésitant encore, alors même que l'envie de gratter le papier se faisait grandissante. Elle devait le faire, c'était maintenant ou jamais. L'angoisse la tenait, pour la première fois de sa vie elle allait dévoiler, dire, expliquer tant de choses à celle qui lui avait donné vie.

Pendant un instant elle sentit la nature se figer, comme si le vide s'était créé, elle se détendit et commença à écrire. Les mots se déversaient, sans contrôle aucun, en une sorte d'écriture automatique lui permettant un certain détachement vis à vis de ce qu'elle écrivait.



Maman,

Je t'écris aujourd'hui ne sachant pas comment te dire tout ce que je m'apprête à écrire.
Le temps file maman, je ne veux plus me taire de peur de le regretter par la suite, je veux te dire toutes ces choses heureuses, malheureuses, je voudrais te demander aussi, verbaliser ces sujets dont on ne parle jamais. Je voudrais enfin lever cette pudeur qui entoure notre famille, celle qui fait que nous nous contentons de nous parler sans trop rien dévoiler, sans rien dire qui pourrait blesser, ne pas froisser.
Je me rends compte aujourd’hui que j’ai élevé des murs autour de moi, j’ai cloisonné, mis des barrières et vous ai souvent laissé en dehors de ma vie. Je le regrette amèrement mais je veux que tu comprennes que je ne voulais pas t’inquiéter. De nombreuses fois j’ai eu envie de me confier à toi, chaque fois j’y ai renoncé de peur d’être jugée, incomprise, de peur de te faire de la peine aussi. J’en souffre maman. Je n’ai jamais aimé les mamans trop intimes avec leurs filles mais je déteste encore plus cette distance qui nous sépare parfois.
Tant de fois j’ai eu envie de m’abandonner dans tes bras, d’y pleurer en toute liberté, de me laisser câliner, d‘éclater de rire. Que de retenue, un sourire qui n’en est pas vraiment un et nous parlons de tout et de rien. Je sais que comme toute maman tu sens ces choses, je n’ai pas besoin de te le dire, tu sais quand je vais bien ou quand je suis triste, je sais que tu t’inquiètes pour moi. Mais maman tout ce que j’ai à te dire va bien au-delà de tout ça.
Je souhaiterai te parler en toute liberté, briser ces silences, te dire qu’en tant que femme j’ai souffert au plus profond de ma chair, te dire que j’ai vécu des choses qui sont encore douloureuses aujourd’hui, te dire qu’elles me font peur pour l’avenir, te dire que j’ai perdu toute confiance envers les hommes, te dire que je me sens seule parfois. C’est dur maman, je sais qu’en te disant tout cela je te fais souffrir mais je me dois de te le dire, tout cela fait partie de moi. J’aimerai aussi te raconter mes bêtises, ma naïveté, comment je fais rire les autres souvent, comment j’aime, toi, vous, ma famille.
Maman tu as vécu toi aussi des moments douloureux qui font partie de notre histoire désormais, nous n’en parlons jamais, je me dis que tu as voulu nous protéger, je n’étais moi-même qu’une enfant. Je suis adulte désormais, j’aimerai comprendre, j’aimerai que tu me racontes, j’aimerai que tu puisses toi aussi exorciser tout cela.
Parlons-nous maman avant qu’il ne soit trop tard.

M.

 

Elle reposa son stylo tel un automate, des larmes calmes, de soulagement coulaient le long de ses joues. Elle prit une profonde inspiration, sentit ses épaules se relâcher et se laissa aller dans son fauteuil. Une légère brise la fit frissonner, la journée s'annonçait belle.

 

 

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Crédit Thé Citron

 

 

 

 

Ceci est ma participation au Jeu d'écritures n°4.

 

 

14:34

Commentaires

Lu et commenté sur le blog à 1000 mains!
Merci de ta participation!

Écrit par : Thé Citron | 16 mai 2010

Merci :)

Écrit par : une fille | 17 mai 2010

Les commentaires sont fermés.