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15 mai 2010

Un air

Les fenêtres grandes ouvertes le vent s'engouffre dans l'appartement, il est frais mais qu'importe. Il est signe de soleil, de sourire, de chaleur. Un air de musique d'abord lointain s'amplifie au fil des minutes jusqu'à emplir tout l'espace. Je pense tout d'abord à une musique qui s'échappe d'un appartement voisin mais le son est trop net, je me laisse guider par la mélodie, elle vient de la rue. Un trompettiste souffle à pleins poumons accompagné d'autres instruments enregistrés. Je reste là à l'écouter, accoudée à la rambarde, au soleil. Quel doux moment. La trompette déballe ses notes, je pense à un air de tango sans savoir si ça en est un. Charmée par cette mélodie, par cet instant qui transforme la rue, je me sens transportée ailleurs.

Un salon, du velours, des fauteuils qui m'engloutissent, une ambiance feutrée, le moindre mouvement évoque un frou-frou. Les musiciens s'installent, un trio, j'aime les trios. J'aime observer les musiciens, leurs attitudes, leurs mimiques, leurs regards, ils vivent leur musique,  elle transparaît dans leurs moindres gestes, c'est une chose merveilleuse à mes yeux. Le pianiste se contorsionne, ses doigts experts frôlent les touches, ils les survolent, les violentent, modèrent le toucher si besoin est. Le contre-bassiste me fait vibrer, il ne ménage pas ses cordes, leur son grave et sourd me transperce au plus profond de moi-même, je vibre intérieurement. J'aime cet instrument, j'aime voir le contact entre le musicien et la contrebasse, si imposante, si belle. J'aime ces sons à la fois durs, mélancoliques, tristes, entraînants, la toile de fond d'un morceau, sa colonne vertébrale. Le batteur et sa panoplie de peaux, les cymbales, le charley, la caisse claire, les balais qui la frôle. J'aime ce son doux, son grain, il m'a toujours fait penser à du sable.

L'improvisation est le maître mot, tour à tour chacun se livre, vit, ne fait plus qu'un avec son instrument, une sorte de transe, les visages en sont presque déformés, on les voit peiner, naître, vivre puis mourir avec les notes qu'ils créent, des applaudissements, le trio d'ensemble reprend dans une synchronisation parfaite. Je suis ébahie, comblée d'admiration, ce doit être une sensation unique de jouer ces notes, ces mélodies, de ressentir sa musique, d'être l'espace d'un moment un instrument soi-même, de faire vibrer les gens, de les transporter dans un autre monde, de les faire chavirer. Tant d'émotions à procurer, quel beau rôle à jouer, les musiciens sont des enchanteurs, des libérateurs, ils ont le pouvoir de nous bouleverser, de nous procurer de la joie, de nous raviver des souvenirs, de nous changer d'état.

Le set se termine, les visages sont détendus, l'apaisement général est palpable, j'aime ces instants, j'aime le jazz, mon rêve serait d'aller au Village Vanguard.

17:49

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