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07 novembre 2010

La dernière fois

 

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Elle était là, comme à son habitude, rêvassant dans sa tenue fétiche, celle qu'elle portait chaque fois que la fin approchait. Elle aimait rester derrière la vitre de ces chambres, baignée dans cette douce chaleur elle s'imprégnait de la vue, se laissait bercer par le flot des passants. C'était devenu un rituel, comme un apaisement. Ce soir là l'apaisement tardait pourtant à venir, une multitude de pensées la submergeait.

Une dernière fois, encore un instant, quelques heures tout au plus. J'aime cette vue sur la ville, cette lumière douce qui m'enveloppe, les lueurs telles des lucioles. Je me sens bien ici. Je pourrai rester encore un peu, profiter de cette chambre, là, comme ça. La nuit, la ville et moi.
Cette vie je l'ai choisie, je me sens vivante, je suis comme le vent. Sans frontières, un jour ici, le lendemain ailleurs. J'en ai vu des villes, des paysages, des contrées éloignées où respirer tient lieu du miracle, où la vie est une survie. J'ai croisé tellement de personnes différentes, des discussions sans lendemain, des situations incongrues, moi-même jouant un rôle. Je m'en suis étourdie, je me suis sentie actrice, je suis tellement forte à ce jeu là. Faire semblant. Ces chambres, dans lesquelles j'ai laissé à chaque fois un morceau de moi, si impersonnelles qu'elles soient, me sont pourtant familières, rassurantes. Elles représentent ce que je n'ai pas, ce que j'ai fuit pendant si longtemps, ce que je pensais ne jamais vouloir.
Et si je restai ? Et si aujourd'hui était la dernière fois ?
Je pourrai renaître, m'inventer un personnage, encore une fois. Une ultime fois. Ce personnage serait moi. Enfin moi. Obligée de m'inventer une vie pour pouvoir vivre la mienne. Changer d'identité je connais ça par coeur mais ça me semble si compliqué cette fois-ci. Je n'ai pas le choix, le contraire serait trop risqué.
Je vais rester là, quelques heures encore, laisser mon esprit divaguer, regarder par la fenêtre, m'imprégner de cette vue. La neige s'est mise à tomber, l'évidence s'imposera d'elle même.

 

Elle resta un long moment immobile derrière cette fenêtre qui lui sembla être pour la première fois une ouverture sur le monde, sur la vie réelle. Elle se dit qu'un jour elle ferait partie, elle aussi, de cette foule insouciante qui arpente les rues. Un frisson d'excitation la parcourut. Elle savait désormais. 

 

Ce texte est ma participation au Jeu d'écriture(s) n° 5, mis en valeur grâce au joli dessin de Marlène.

12:40

Commentaires

Je lirai et commenterai sur le blog à 1000 mains ;-) Mais bon, je SAIS déjà que ton texte sera forcément joli :-)

Écrit par : Thé Citron | 09 novembre 2010

Oh ben dis donc c'est drôlement gentil :)
J'espère donc que ce texte ne te décevras pas ;)

Écrit par : une fille | 10 novembre 2010

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