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04 mars 2010

Couleurs

La pluie tombe. Fine, sans un bruit, la ville est déserte. Bientôt la grisaille fera place à quelques heures hautes en couleurs.

Ma copine et moi arrivons dans cet espace que nous connaissons bien. Des embrassades, des sourires, les couleurs sont déjà là. C'est beau et tellement gai ! Tout est coloré, des rayonnages aux hôtes en passant par les bonbons et les bulles qui frémissent dans les verres.

Une euphorie visuelle.

Nos yeux ne savent plus sur quoi se poser, nos doigts touchent à tout, nos mains se colorent aussi. Nos hôtes nous montrent, nous expliquent, bientôt nous voilà telles des poupées, nous nous laissons faire entre ces mains expertes. Le changement est frappant mais discret, il nous enchante et nous ne nous lassons pas de nous extasier.

Beaucoup de femmes présentes redeviennent, comme nous, des filles à cet instant. La même sensation que des années auparavant lorsque nous avons mis pour la première fois du rouge sur nos lèvres. Quelques paroles échangées, des sourires, des bonbons, des bulles aussi.

Je tourne, je vire, je souhaiterai pouvoir tout essayer, tout emporter.

Quel cruel dilemme que de devoir faire un choix.

Ma copine sera violet, je serai corail.

Le printemps est bientôt là et déjà nos visages arborent ces couleurs enchanteresses.

Il est temps de filer, nous sortons après des au revoirs chaleureux.


La grisaille est toujours là mais ces couleurs ont effacé la tristesse qui coulait au rythme de la pluie.


10:12

01 mars 2010

Ce soir là

La nuit fut brève, je me réveille épuisée, le corps endolori et l'esprit embrumé par les restes d'alcool.

La réalité m'arrive en pleine figure, des larmes dans les yeux.

Cette soirée s'est terminée dans une sorte de tourbillon violent, un mauvais film où j'ai été malgré moi l'héroine. Je ne réalise pas que tout ça est arrivé, je ne comprends même pas comment cela a pu arriver. Je ne veux pas chercher à comprendre, l'origine de cette histoire sordide n'existe pas.

J'ai la gorge nouée, le corps meurtri, les larmes m'envahissent. Le flot puis le reflux, salé et chaud, immersion endogène.

 

Je reste moi-même, naturelle, ouverte, à l'écoute des autres mais face à des paranos, psychos, arriérés du comportement et autres pervers c'est une arme bien dérisoire. Il a créé une histoire là où il n'y en avait pas, j'en ai subi les conséquences alors qu'il n'est rien pour moi. Être victime d'une chose qui n'existe pas me laisse sans voix. Ses raisons sont factices et falsifiées.

Je me sens coupable, j'ai honte. L'impression de ne pas avoir réagi, de m'être laissée emporter par l'étonnement, la surprise, la peur, les émotions, la situation elle-même. Comme si je m'étais laissée faire. Pourtant je ne suis coupable de rien, je sais que je n'ai rien à me reprocher, c'est un fait, alors quoi ?

Je réalise que je suis sous le choc, mes larmes ne sont pas dues uniquement à la peine que je ressens mais sont liées à l'agression et à la violence de cet acte.

Choc émotionnel et physique. La violence quelle qu'elle soit n'est pas pardonnable, je le sais, j'essaie de m'en nourrir. Un homme qui s'en prend à une femme n'en est pas un, un homme qui se croit au dessus de tout et de tout le monde a un sérieux problème. Je dois me faire à l'idée que les gens ne sont pas toujours ceux qu'ils laissent entrevoir, qu'en apparence même la plus gentille des personnes peut s'avérer être la pire, que les doubles discours existent, en amitié et en amour, et que je dois me tenir à l'écart de tout ça.

 


Les blessures physiques disparaitront bien plus vite que les blessures morales, les deux laisseront un goût amer.



11:57

27 février 2010

Une escapade


Il est tôt, je me réveille à l'heure où certains ne sont pas encore couchés, mes yeux piquent et mon corps a du mal à sortir de sa torpeur.

Un café, une douche, je m'habille, me maquille et je sors. Le taxi est déjà là et je lui indique ma destination. La gare.


Nous passons par le port et mis à part quelques personnes sur le quai tout est calme.

J'aime tellement cette sensation de ville endormie, malgré la fatigue je me sens bien et je pense que cette ville si agitée et bruyante le jour révèle bien plus ses charmes à cette heure ci.


Me voilà à la gare. J'ai toujours aimé l'ambiance des gares et des aéroports, j'y trouve un je ne sais quoi de rassurant. Les départs, l'excitation, les embrassades, les arrivées, les sourires des gens qui se retrouvent, j'aime observer les va et vient, je me demande où vont les gens et pour quelles raisons.


Le temps de vérifier mon billet et je monte dans le wagon qui sera mon mini cocon pour quelques heures. Il fait encore nuit, je lis, me repose sans arriver à dormir, trop de pensées m'agitent. J'observe le paysage, mes pupilles s'affolent et j'imagine au fur et à mesure la vie des gens dans ces contrées. Beaucoup de zones agricoles, ça me parle. J'aime l'enchaînement des paysages, c'est comme un film qui déroulerait devant mes yeux, tout va tellement vite.


Me voilà déjà arrivée à Paris. Il fait froid, gris et pluvieux mais ça n'a pas d'importance je n'ai pas le temps de profiter de la ville. Je suis là pour le travail, une réunion et retour chez moi. Je quitte une ville pour une autre mais je me sens comme une étrangère dans cette ville que je connais si peu et j'aime ça. J'ai l'impression que les gens sont différents, ou alors c'est moi qui le suis et s'ils ne parlaient pas français je pourrais même me croire dans un pays étranger. J'aime cette sensation, je sors de mon quotidien, aujourd'hui je ne verrai pas tous les endroits habituels, ça fait un bien fou.


A peine sortie de la réunion je reprends le chemin de la gare pleine à craquer, un pêle-mêle de vacanciers, hommes et femmes d'affaires, familles. Le train est plein.

Je me retrouve à une place entourée de trois autres femmes, des sourires et quelques mots échangés le train démarre. Je me dis que cet endroit partagé avec ces personnes facilite une certaine convivialité qui n'est plus courante au quotidien. Le ronronnement du train me berce et je m'endors le cœur léger.


Au réveil je ne sais plus très bien où je me trouve, j'ai froid, dehors il fait toujours gris. Je ne sais pas où nous sommes, j'observe le paysage et j'en déduis qu'il me reste encore un bon bout de trajet. Je pourrai rester des heures à regarder par la fenêtre et songer, comme si le temps était suspendu.


Les régions se succèdent, déjà je devine des paysages plus familiers. Les collines de calcaire pointent à l'horizon, les cyprès, les pins apparaissent enfin. Le train passe à travers la garrigue, la végétation m'est familière: chênes kermès, thym, romarin, je devine les odeurs à travers la vitre, ces odeurs ancrées dans ma tête et dans lesquelles j'ai tellement baigné. J'ai soudainement envie de voir la mer, elle n'est plus très loin mais elle me manque. Bizarrement. Je ne l'ai quittée que depuis ce matin mais sa présence et son odeur me manquent.


A peine arrivée je descends au port et j'hume à plein nez ses odeurs. Celle de l'iode se mêle à celle des huiles de moteurs et de poisson, c'est une odeur très particulière mais je l'aime. Je suis de retour chez moi !



Cette escapade m'a fait du bien malgré sa brièveté, ce voyage en train m'a transportée à travers d'autres régions, vers d'autres horizons, je me dis que toutes ces régions sont belles mais que la mienne je l'aime.



J'apprécie d'autant plus ma ville lorsque je la quitte.

17:37