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26 mai 2010

Uppercut

Les coups pleuvent, ma vie ressemble à un match de boxe, round 12, c'est la reprise. Je tente de reprendre mon souffle, j'esquive, je contracte mes muscles, un direct du droit m'envoie au tapis, je me relève, je suis sonnée. J'encaisse tant bien que mal les coups, directs, crochets, uppercuts, dans la poitrine, les flancs, le visage, en plein coeur. Même à terre les coups continuent de pleuvoir. Quel adversaire est assez déloyal pour frapper une personne à terre ? Que fait l'arbitre ?

Je suis face à l'adversaire, il attaque, appuie là où ça fait mal, je serre les poings, je ne me laisse plus faire, je me défends, j'esquive, j'attaque, je contre-attaque. Malgré l'angoisse les nerfs montent, les poings serrés dans mes gants je fonce, je ne baisse pas la tête ni les yeux, les coups reçus me donnent la rage de continuer. Sang et larmes se mêlent, je ne fuis pas le combat, je provoque, je ne suis pas lâche, j'affronte.

Un coup donné pour un reçu, fallait pas me provoquer. Je me retrouve combative, jeu de jambes, souffle à toute épreuve, les coups fusent, une énergie nouvelle emplit mon corps, je ne vais pas le laisser gagner. Cet adversaire est coriace, un soit-disant dur à cuire, j'ai un atout, je réfléchis, je n'agis pas sous le coup d'une impulsivité. Je bloque, je dévie, je neutralise ses coups, il est déstabilisé. Je maintiens ma garde tout en approchant de lui. Une dernière esquive. Un crochet le projette au tapis. Fallait pas me provoquer.

15:13

23 mai 2010

Réconfort

Ce soir j'ai eu envie d'un lait chaud avec du miel. Pas pour ses pseudos actions sur le sommeil, juste pour le côté chaud et sucré. J'ai eu envie d'avaler tout le pot de miel, j'ai eu envie de manger du chocolat jusqu'à l'indigestion, j'ai eu envie de me plonger dans un bain moussant bouillant et de mettre la tête sous l'eau, j'ai eu envie de regarder des dessins animés, j'ai eu envie de sentir ce parfum de Guerlain, j'ai eu envie de sentir ces bras, j'ai eu envie d'être à la campagne, j'ai eu envie de me plonger dans le ciel étoilé.

J'ai eu envie de toutes ces choses à défaut d'autres, certaines comme une régression, me plonger dans tout ce qui me réconforte, m'abandonner en toute sérénité, ne plus parler, me laisser aller, ne plus penser.

 

Ce soir j'ai bu un lait chaud avec du miel. Le reste je me l'imagine.

22:21

19 mai 2010

Faux amis

Je me souviens lorsque j'étais à l'école des cours d'anglais. J'aimais bien ça, je n'étais pas mauvaise, j'avais même pensé en faire mes études, finalement ça a été les sciences. Je me souviens de la prof d'anglais, de ses tenues extravagantes, des livres de leçons, de Brian. Je me souviens de la grammaire, de la galère, des verbes irréguliers, des faux-amis.

Les faux-amis, ceux dont tu penses comprendre et connaître le sens. Les faux-amis, ceux en qui tu as confiance. Actually, library, dispute, eventually, vacation, character. La liste est longue, trop longue. Déjà à l'époque ils compliquaient la vie ces faux-amis, avec le temps ils n'ont pas changé, pas pris une ride, ils sont coriaces. A chaque fois tu y crois, tu penses savoir les gérer, les apprivoiser, tu les as entendus des centaines de fois, tu leur fais confiance malgré tout, pourtant leur nom n'est pas équivoque. Faux-amis.

Oui on t'avais prévenue, ce sont des faux-amis, quoi de compliqué à comprendre là dedans ? Fais pas la naïve, tu le sais, tu les connais désormais, arrête de les employer ces mots qui sous couvert d'un sens en cachent un autre. Tu crois savoir parler couramment leur langue, tu crois que leur sens va changer juste parce que tu le souhaites, tu crois qu'ils sont dignes de confiance ? Ah mais si c'était le cas ils ne s'appelleraient pas comme ça, ils auraient changé de nom, d'attitude, tu pourrais les employer sans crainte. Change de style, emploie des termes que tu connais, qui t'appartiennent, les faux-amis tu peux t'en passer, tu peux écrire, parler sans eux.

Les faux-amis ne valent pas la peine de gaspiller ton temps, ton énergie, tu peux les laisser de côté, écris ta vie sans eux, ce ne sera peut-être pas de la grande littérature, ce ne sera peut-être pas facile, change de vocabulaire, change de vie.

22:36

15 mai 2010

Un air

Les fenêtres grandes ouvertes le vent s'engouffre dans l'appartement, il est frais mais qu'importe. Il est signe de soleil, de sourire, de chaleur. Un air de musique d'abord lointain s'amplifie au fil des minutes jusqu'à emplir tout l'espace. Je pense tout d'abord à une musique qui s'échappe d'un appartement voisin mais le son est trop net, je me laisse guider par la mélodie, elle vient de la rue. Un trompettiste souffle à pleins poumons accompagné d'autres instruments enregistrés. Je reste là à l'écouter, accoudée à la rambarde, au soleil. Quel doux moment. La trompette déballe ses notes, je pense à un air de tango sans savoir si ça en est un. Charmée par cette mélodie, par cet instant qui transforme la rue, je me sens transportée ailleurs.

Un salon, du velours, des fauteuils qui m'engloutissent, une ambiance feutrée, le moindre mouvement évoque un frou-frou. Les musiciens s'installent, un trio, j'aime les trios. J'aime observer les musiciens, leurs attitudes, leurs mimiques, leurs regards, ils vivent leur musique,  elle transparaît dans leurs moindres gestes, c'est une chose merveilleuse à mes yeux. Le pianiste se contorsionne, ses doigts experts frôlent les touches, ils les survolent, les violentent, modèrent le toucher si besoin est. Le contre-bassiste me fait vibrer, il ne ménage pas ses cordes, leur son grave et sourd me transperce au plus profond de moi-même, je vibre intérieurement. J'aime cet instrument, j'aime voir le contact entre le musicien et la contrebasse, si imposante, si belle. J'aime ces sons à la fois durs, mélancoliques, tristes, entraînants, la toile de fond d'un morceau, sa colonne vertébrale. Le batteur et sa panoplie de peaux, les cymbales, le charley, la caisse claire, les balais qui la frôle. J'aime ce son doux, son grain, il m'a toujours fait penser à du sable.

L'improvisation est le maître mot, tour à tour chacun se livre, vit, ne fait plus qu'un avec son instrument, une sorte de transe, les visages en sont presque déformés, on les voit peiner, naître, vivre puis mourir avec les notes qu'ils créent, des applaudissements, le trio d'ensemble reprend dans une synchronisation parfaite. Je suis ébahie, comblée d'admiration, ce doit être une sensation unique de jouer ces notes, ces mélodies, de ressentir sa musique, d'être l'espace d'un moment un instrument soi-même, de faire vibrer les gens, de les transporter dans un autre monde, de les faire chavirer. Tant d'émotions à procurer, quel beau rôle à jouer, les musiciens sont des enchanteurs, des libérateurs, ils ont le pouvoir de nous bouleverser, de nous procurer de la joie, de nous raviver des souvenirs, de nous changer d'état.

Le set se termine, les visages sont détendus, l'apaisement général est palpable, j'aime ces instants, j'aime le jazz, mon rêve serait d'aller au Village Vanguard.

17:49

10 mai 2010

Fatigante

Par moments je suis vraiment fatigante. Un peu pour les autres bien qu'ils en rient, beaucoup pour moi. Je me fatigue souvent moi-même. Oui j'arrive à me soûler toute seule. Je suis tellement tête en l'air, la plupart du temps dans mes pensées, rêveuse que je fais les choses machinalement, sans faire attention. Lorsqu'enfin je sors de ma rêverie je me demande si j'ai bien fait telle ou telle chose, je vérifie donc tout en permanence, je recommence, presque on dirait que j'ai des tocs.

Par exemple j'ai une peur bleue d'oublier mes clés, depuis que j'habite dans un appartement avec ces portes que tu peux fermer de l'extérieur sans avoir les clés ma hantise est de m'enfermer à l'extérieur. (D'ailleurs j'ai appris il ya pas si longtemps que c'était une porte blindée, je me demandais à quoi servait cette grosse barre verticale, je comprends mieux maintenant). Du coup je vérifie dix fois que mes clés sont bien dans mon sac, sac où ma maison entière y figure, je passe donc régulièrement de longues minutes à mettre la main dessus au milieu de tout ce bazar. Sauf que tête en l'air que je suis la plupart du temps je vérifie une fois que je suis dehors, ce qui ne sert plus à grand chose.

Je fais pareil avec les clés de ma voiture, je coupe le contact, les fourre dans mon sac (le même), ferme la porte à la main, tout ça machinalement en pensant à autre chose. Une fois éloignée de ma voiture je suis régulièrement prise d'un sérieux doute. N'aurais-je pas laissé les clés sur le contact ? Ais-je bien fermé les portes ? Dans ces cas là je fais demi-tour et je pars vérifier même si je suis déjà loin.

Quand je pars pour quelques jours je vérifie bien que je n'ai rien oublié, tu peux être sûre que forcément il me manque quelque chose. Quand je pars du travail le soir c'est pareil, j'ai déjà oublié les clés de chez moi sur mon bureau, je vérifie tout mais bien sûr une fois que je suis dans l'ascenseur ou déjà sortie, sinon c'est pas drôle.

Pour tout dire y'a des périodes où je suis tellement tête en l'air que je dois tout noter. Que ce soit pour le travail ou pour des trucs personnels. Je me fais des petits mots, je met des alertes dans mon téléphone, je m'envoie des mails à moi-même. Là je me fatigue vraiment toute seule, j'en rigole, les autres aussi, il vaut mieux.

14:45