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13 avril 2010

Ressourcer (se)

L'encre est sèche, les mots ne coulent plus. J'appuie sur la cartouche, une aspiration, un bruit d'air, une goutte perle le long de la plume. Je me sens comme cette encre, le nectar s'écoule difficilement. Le flux énergétique est bloqué, je veux préserver le nectar, limiter son écoulement, voire le stopper de manière choisie, volontaire, en posture inversée. Mon nectar, mon potentiel vital et psychique, je dois le débloquer, entretenir son flux, le contrôler, purifier mes états d'être, physique, énergétique, émotionnel, mental.

J'ai envie de faire le vide dans ma tête, me laisser aller à la méditation, me sentir légère comme une bulle, calme, posée, apaisée. Je voudrais tout quitter et partir, me retirer, une sorte de retraite spirituelle, personnelle, mettre de côté les horreurs, les malheurs, les angoisses, les poisons de la vie. Il existe des monastères, des couvents, il parait qu'ils sont moins fermés sur le monde, des temples bouddhistes, toutes sortes d'endroits qui inspirent le calme, la réflexion, l'apaisement. Je ne crois pas en un être unique, je ne crois pas en la prière, je crois à la force personnelle, je crois en la Nature, elle est tellement belle et bien faite, j'en suis ébahie, toujours un peu plus, aller au fond de cette connaissance me plaît, mes études je les ai choisies comme ça. Je me demande si ces endroits de retraite m'accueilleraient en l'état actuel de mes croyances, je ne sais pas pourquoi ces endroits m'attirent, j'ai dans l'idée que les choses s'éclaircissent d'elles-mêmes là-bas, j'envie parfois ces croyants, leur foi, ce réconfort, cette force qu'ils puisent en elle.

Il y a longtemps j'ai été attirée par un pélerinage, non pas pour le côté symbolique religieuse, uniquement dans le but d'une quête personnelle. Une longue marche, aller au bout de soi-même, se dépasser, puiser au fond de soi, faire appel à des ressources insoupçonnées, se découvrir, le physique au service du psychique, faire le point, se ressourcer, s'épuiser afin que plus rien d'autre ne compte, mettre un pied devant l'autre, ne s'arrêter que lorsque le but est atteint. Le corps usé, fatigué, l'esprit libre.

Je cherche, je me cherche, une quête sans issue peut-être, des questions qui resteront lettre morte, donner un sens aux choses, à ma vie, dire que je vous aime, retrouver l'insouciance, remettre de l'ordre, sentir le nectar s'écouler paisiblement.

 

11:32

08 avril 2010

Esseulée

Les sentiments quels qu'ils soient sont propres à chacun, on interprète les choses à sa manière, on les ressent selon sa sensibilité, on appréhende la vie à sa façon. Je suis souvent confrontée à mon hyper sensibilité, comme un courant électrique qui me parcourt, à fleur de peau, tu me touches je réagis. Parfois j'aimerai bien court-circuiter mes neurones, les liaisons nerveuses et électriques, déconnecter les synapses, empêcher les neurotransmetteurs d'être émis, étudier l'activité de mon cerveau, visualiser les sentiments qui m'envahissent, cortex, lobes, hippocampe. Je suis fascinée pas certains sentiments, certaines sensations, un événement même infime, une parole, un geste, une attention peuvent influer, modifier, amplifier, bouleverser en l'espace d'une seconde, une même situation peut engendrer tellement de réactions différentes de notre part.

Je suis avec ces gens que j'aime et qui m'aiment, famille, amis, on se connait par coeur, on rit, on boit, on mange, on plaisante. Je suis dans mon environnement, sereine, rien à prouver, être soi-même, se laisser aller. Je me sens bien, l'instant d'après un sentiment m'envahit. Esseulée. Coup de cafard en plein coeur, gorge nouée, envie de pleurer, je suis perdue au milieu d'eux, je ne dis rien, mon sourire s'efface, la nostalgie me submerge, pourquoi ? Je suis entourée, je mesure la chance que j'ai, pourtant je me sens seule, personne sur qui me reposer, personne à aimer, personne à espérer, personne avec qui partager, longue marche silencieuse, angoissée, se battre contre soi même, contre ses peurs. La foule la plus compacte ne me rassurerait pas, je voudrais qu'on me serre dans ses bras, je voudrais être aimée, je voudrais tout oublier.

15:21

22 mars 2010

Chou(x)

Parfois je travaille sur les choux. Oui, sur les choux, pas dans les choux.

Je me souvenais de chou, hibou, caillou, genou, joujou, pou, j'étais loin de me douter que les choux y'en avait autant. Faut dire que les choux ils viennent d'une grande famille. Les Brassicacées. Chou-fleur, chou chinois, brocolis, chou frisé, chou romanesco, chou pommé, chou calabrais, chou rouge, chou de Bruxelles, chou pointu, chou non pommé, chou blanc, chou fourrager, chou rave. Je m'y perd, je ne les connais pas tous, je ne les ai pas tous goûtés. Pire qu'une famille recomposée, je crois même qu'il y a encore des cousins lointains que je ne connais pas.

J'aimerai appeler un spécialiste des choux, j'aimerai qu'il me les présente, qu'il me dise tout sur eux, qu'il me les prépare, que je puisse m'imprégner de leurs saveurs, de leurs vies, de leurs odeurs, je ne sais pas si un tel personnage existe, je vais lancer un avis de recherche, je veux tout connaître sur les choux, ce serait magique, plus de secrets, les choux mis à nu, eux et moi, plus rien pour nous éloigner.

Je les aimerai tous, je décrypterai tous leurs secrets, je ne serai plus énervée contre eux parce que je ne les comprends pas, je saurai quoi dire, quoi faire lorsqu'on m'interrogerai sur eux, je deviendrai peut-être moi-même la spécialiste ès choux. Mes aspirations tout comme mes rêves sont dans les choux.

 

 

13:56

15 mars 2010

Huahine

De retour sur la grande île nous avons quelques heures à tuer avant de rembarquer, direction le merveilleux marché. Les étals sont colorés, les odeurs nous mettent l'eau à la bouche, les gens sont adorables, souriants, fleur à l'oreille, poisson cru au lait de coco, riz, bananes, je suis devenue accro.

Le bateau est à quai, prêt à nous embarquer pour une traversée de quelques heures direction Huahine. J'ai longuement entendu parler de cette île, je me languis de la découvrir. Je ne le sais pas encore mais celle-ci va bouleverser ma vie.

Nous arrivons à destination en pleine nuit, nous nous installons sur la plage en attendant le lever du soleil, la roulotte est là, brochettes de thon grillées et riz nous feront patienter. Une fois de plus je vais être surprise lorsqu'un homme se dirige vers nous, s'avance vers mon ami et le salue chaleureusement. Après toutes ces années lui aussi l'a reconnu. Il nous invite à installer notre tente chez lui, ce sera notre lieu de séjour. Le matin toute la famille nous accueille, enfants, adultes, sourires, fleurs comme la tradition l'exige. Nous ne souhaitons pas les déranger mais très vite nous vivons avec eux et sommes considérés comme faisant partie de leur famille. Augustine, Frédéric, Marutea, Hinanui, Ereani, Manini, Elvira. Nous passons de merveilleux moments, partageons nos repas, vivons au rythme du soleil. Une certitude m'envahit soudain: je veux vivre ici, avec eux, comme eux. Je m'y sens tellement bien, ici tout me parait simple, il n'y a pas de faux semblants, la vie y est parfois rude et précaire mais qu'importe. Si nous le voulons nous pouvons rester ici pour toujours, le terrain nous est donné, une maison sera construite, nous sommes adoptés. Certains impératifs ne nous le permettrons pas à notre immense déception.

Les jours passent et nous reculons chaque jour la date du départ, nous sommes tellement bien ici, nous faisons de merveilleuses rencontres. Joshua nous fait visiter l'île, les marae, temples sacrés, les plantations de vanille siuées dans la fôret, les parties de pétanque, nous passons de bons moments en sa compagnie. Teva, ancien surfeur devenu pêcheur de maï-maï, le goût du poisson à peine sorti de l'eau, la hinano bien fraîche.

Ce soir là nous décidons de cuisiner ensemble, ils cuisineront tahitien, je cuisinerai français. Au port nous achetons un thon frais entier, Manini le prépare façon sashimi sauce huître, cru au lait de coco, grillé accompagné de Uru (fruit de l'arbre à pain). De mon côté j'improvise avec le peu de produits trouvés. Ce sera taboulé, caviar d'aubergines, fromage et vin rouge. Ma cuisine leur plaît, ils sont tellement heureux de pouvoir goûter à ces recettes qu'ils ne connaissent pas. Nous discutons longuement, ils sont tellement avides de connaître notre façon de vivre, notre pays, notre ville, sans une seule pointe d'envie. J'apprécie ces échanges, je me sens bien avec eux, je suis chez moi. La soirée se termine par des chants au son du ukulele, au bord du lagon, sous les étoiles.

Il ne nous reste plus que quelques jours à partager avec eux, déjà je sens mon coeur se serrer mais je veux profiter au maximum. Ce matin là deux surprises m'attendent. A peine levée je vais me baigner, j'aperçois non loin un banc de dauphins. Ni une ni deux j'enfile mon attirail, retourne à l'eau, nage dans leur direction en tapant sur l'eau pour les attirer. Ils approchent, ils sont là tout près de moi, je n'y crois pas, ils sont magnifiques, restent un moment puis s'éloignent. Plus tard je me rend au port et vois un attroupement. Une baleine et son baleineau sont rentrés dans le port. Je m'y attarde un moment, ils disparaissent, je pars flâner sur la plage de corail qui jouxte notre campement. Je regarde l'océan, réalise à quel point ce voyage m'a chamboulée, combien ces gens vont me manquer lorsqu'à quelques mètres de moi une masse sors de l'eau. La baleine est là. Je suis tellement stupéfaite que j'ai peine à y croire, le baleineau est là aussi et tous deux nagent sous mon regard ébahi. Manini me dit que c'est de bon augure. Je n'en reviens toujours pas.

La date du départ approche, il est malheureusement temps de nous quitter. Je laisse beaucoup de mes affaires aux filles, mes palmes, masque et tuba iront à Frédéric, je promet de renvoyer le reste dès mon retour en France. Les mots tremblent, les yeux s'emplissent de larmes, nous sommes couverts de colliers de coquillages qui sont de rigueur lors des départs. Toute la famille est rassemblée pour nous souhaiter un bon retour, nous nous promettons de garder contact, nous espérons revenir un jour. Les au-revoirs sont déchirants, nous sommes en pleurs lorsque nous montons à bord du bateau qui nous ramènera vers la grande île. La tempête fait rage cette nuit là, la mer est déchaînée, nous sommes soulagés lorsque nous posons pied à terre. Ce contretemps ne nous permettra pas d'honorer le rendez-vous pris pour immortaliser notre voyage à notre grande déception. Le coeur lourd nous nous apprêtons à passer notre dernière nuit dans cet archipel. Nous ne nous mêlons pas aux touristes présents, nous n'y arrivons pas. Nous avons vécu avec et comme les polynésiens, nous nous sentons totalement étrangers à ces heureux gagnants d'un voyage pour une semaine tous frais payés.

Ce mois passé ici nous aura appris beaucoup sur nous mêmes, les expériences humaines ont été magiques, les rencontres et les liens créés resteront à tout jamais dans ma mémoire. Lorsque nous montons dans l'avion c'est un déchirement, l'avion décolle alors que je pleure à chaudes larmes en regardant l'Océan Pacifique.

15:22

14 mars 2010

Fenua

Au coeur de la nuit l'avion atterrit enfin. L'aéroport est si petit, en plein air, il ne ressemble à aucun autre. Le tapis roulant déverse nos bagages, check point, coup de tampon sur le passeport, l'aventure commence.

Nous sortons dans la nuit chaude et humide, les odeurs nous assaillent. C'est un mélange enivrant de vanille et de fleurs mélées, un bonheur olfactif. Direction le port, les premières lueurs du jour apparaissent, nous découvrons cette île merveilleuse en attendant le bateau. Le voyage a été long, fatigant, nous sommes déboussolés, en plein décalage horaire, mais impatients de découvrir cet immense archipel, ces gens, cette culture.

Notre première escale durera quelques jours et déjà nous nous dirigeons vers cette pension située au bord du lagon. Il est tôt mais le soleil est mordant, l'eau turquoise, les fleurs à profusion, bougainvillés, hibiscus, tiaré, frangipanier, je m'émerveille devant tant de beauté. Nous nous installons dans cette pension, les hôtes sont tellement accueillants, faites comme chez vous, il y a une pirogue à votre disposition, là le faré pour cuisiner. Au loin nous apercevons la barrière de corail, le grondement des vagues s'y brisant est impressionnant, l'océan nous appelle irrésistiblement, masque, palmes, tuba, nous n'attendons pas une minute de plus. Quel délice, l'eau est chaude, le soleil brûlant, les poissons multicolores, les patates de corail, je me croirais dans un aquarium géant. Nous profitons de ces instants, je n'y crois toujours pas, nous sommes enfin ici. Nous partons nous promener sur cette île, dire bonjour à Roonui, un des meilleurs tatoueurs de l'archipel. Même après toutes ces années il se souvient de mon ami. Nous reviendrons à la fin de notre voyage, rendez-vous pris pour immortaliser notre périple. Le premier soir je regarde le ciel et je me sens perdue, plus de repères, les étoiles ne sont pas les mêmes dans l'hémisphère sud, j'ai l'impression de voir la courbure de la terre, c'est une sensation étrange.

Direction la grande île, le premier bateau en partance sera notre destination. Le marché déborde de fruits et légumes exotiques, régime de bananes, riz, poisson, coco, ravitaillement emballé, renseignements pris, ce sera les atolls.


Le bateau est plein, le voyage va être long, 36 heures à partager cet espace où chacun s'installe. Nous discutons, profitons du soleil sur le pont, dormons, rions avec nos compagnons de voyage qui s'étonnent de nous voir ici, avec eux, nous ne sommes pas dans des cabines comme d'autres touristes. Non. Nous voulons partager, échanger, vivre avec eux et comme eux. Ils apprécient. Première escale, premier atoll. Nous en profitons pour descendre à terre, c'est magnifique. L'eau turquoise, le vent dans ces immenses arbres aux fines aiguilles, la vie est présente mais discrète, nous lions connaissance, notre présence semble étonner. Dernière étape et nous serons enfin arrivés. Au loin nous voyons enfin se profiler la passe qui permettra au bateau de se faufiler à l'intérieur du lagon. Je réalise combien cet atoll n'est rien au milieu de l'océan. Un pick-up nous conduit à cette pension où Nanua nous accueille chaleureusement. Lui aussi se souvient de mon ami. Une tente au bord du lagon, dès le réveil nous nous jetons dans cette eau chaude et transparente. Ici c'est le berceau des perles, la beauté à l'état brut, noires, aubergines, vertes, rondes, baroques, cerclées, elles sont magnifiques. Je réalise que nous vivons sur une bande de corail longue d'à peine quelques kilomètres en plein milieu de l'immensité océanique, c'est assez troublant.

Cet atoll est réputé pour la plongée sous-marine, je passe outre mes peurs et je me décide. Bouteilles, masque, palmes, à moi les profondeurs océaniques. Poissons chirurgiens, Napoléon, demoiselles, requins je suis en transe et ne veux plus remonter à la surface. Je ne sais pas encore ce qu'il m'attend, une expérience qui me marquera à jamais. L'après-midi nous embarquons en zodiac direction le grand large, les plongeurs confirmés se mettent à l'eau, mon amie et moi sommes autorisées à y aller également uniquement équipées de masque et tuba. Nous mettons la tête dans l'eau, du bleu à perte de vue, seuls quelques rayons de soleil percent cette immensité, nous ne voyons pas le fond, et réalisons soudainement que nous sommes en plein Océan Pacifique, par 100 mètres de fond, n'importe quoi peut surgir nous ne le verrons pas venir. Nous nous prenons la main sous l'eau pour nous rassurer. Le courant est fort et nous emmène vers la passe du lagon. Nous n'avons rien à faire à part nous laisser emporter par le courant et observer. Le spectacle qui s'offre à nous est somptueux, requins gris, marteaux, pointe blanche, raies manta, poissons par milliers, coraux en tout genre, nous sommes comme deux enfants. Nous ne nous faisons pas prier pour recommencer une seconde fois, de retour sur terre nous sommes surexcitées et avons peine à nous endormir une dernière fois en ce lieu. Demain nous repartirons vers la grande île pour d'autres horizons, nous saluons chaleureusement tous ces gens qui nous ont accueillis non sans une boule au ventre.


10:05