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17 mars 2010

Départ imminent

Je dois vraiment me dépêcher, le train va partir, je vais finir par le rater. Je ne peux pas me le permettre, pas aujourd'hui. Comment je me débrouille pour être en retard même en me levant aux aurores ?

Quelle idée aussi d'avoir mis ces chaussures et cette jupe qui m'empêchent d'avancer à grandes enjambées. C'est vraiment tout moi ça et cette valise qui pèse une tonne, ah ça si jamais une invitée a perdu la sienne je la dépannerai sans problèmes. Et voilà maintenant que ma mère me tiens le crachoir au téléphone, elle a le chic pour m'appeler au mauvais moment, j'ai beau lui dire que je la rappellerai plus tard elle insiste. Faut dire qu'on est bavardes dans la famille, d'autant plus aujourd'hui. Et pour cause !

Je ne dois absolument pas rater mon train.

C'est le grand jour aujourd'hui. Pas le mien. Le sien à elle. Elle se marie.

C'est bien beau de s'extasier mais là tout de suite je dois accélerer le mouvement, j'y suis presque, je regarde à la va-vite l'affichage des départs, quai F, voiture 8 place 64.

Mon téléphone sonne de nouveau. Maman je te rappelle, je vais rater ce foutu train.

Je vise le quai et le poinçonneur automatique. A ma grande surprise le quai est vide, pas un train, pas un voyageur, pas même un chat ni un pigeon. Ce n'est pas possible, y'a toujours des chats et des pigeons dans les gares.

Oh non ! J'ai raté mon train ! Qu'est-ce que je vais leur dire, qu'est-ce que je vais lui dire ?

Je regarde ma montre sans comprendre, je n'étais pourtant pas en retard.

Je lève les yeux vers la grande horloge du hall de gare.

Tout s'éclaire.

Foutu changement d'heure !

 

 

 

 

Ceci est ma participation au jeu d'écriture n°3 du blog à mille mains à partir de cette photo :

 

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16:34

Vu

Je l'ai revu.

Il était de nouveau là, après cette longue absence. J'ai ressenti un soulagement, une joie immense, mes craintes se sont envolées. Il m'a raconté les derniers événements, le ciel semble s'éclaircir pour lui, il espère que les promesses qu'on lui a faites seront tenues. Il espère redémarrer une nouvelle vie, peut être partir vivre ailleurs, rien n'est encore fixé mais sa situation évolue.

Il me parle, je suis émue, je lui dit que je m'inquiétais de ne plus le voir, que j'espère sincèrement que toutes ces choses qu'on lui a dit ne sont pas juste des paroles, pas juste une manière de se mettre en avant. Il doute un peu, me dit que les gens sont souvent décevants, qu'ils parlent beaucoup mais agissent peu au final.

Je ne peux qu'approuver, surtout en ce moment.

Il se rend compte de mon émotion, me remercie de ma présence là, dans ces couloirs du métro. Je ne fais rien mais c'est déjà beaucoup pour lui, c'est ce qu'il me dit. Il me dit des choses sur moi. Des choses qu'il a perçues là, comme ça, au détour de nos quelques échanges, sourires. Je suis troublée par ce qu'il a perçu de moi, il est dans le vrai, il ne me connait pas et pourtant nos quelques rencontres lui ont permis de m'entrevoir. J'ai du mal à contenir mes larmes.

Certains de mes proches n'ont même pas idée de tout ça, certains n'ont jamais vu tout ça en moi, certains ne comprennent pas. Lui oui.

Je suis bouleversée, je reste clouée sur place, la gorge nouée. Il me prend la main, me remercie encore et me dit de filer. Je lui demande à plusieurs reprises si je le reverrai, il me dit que oui.

 

Je suis sous le choc lorsque j'arrive à mon travail, je ne parle pas, je suis perdue dans mes pensées, j'y penserai toute la journée. Je réalise combien j'ai été idiote, je ne lui ai même pas demandé son nom, ni quelques renseignements afin de voir ce que je pouvais faire pour lui. Je m'en veux terriblement. Pourquoi ne lui ais-je pas posé toutes ces questions ? Je ne dis pas que je pourrais tout changer mais j'ai envie d'essayer. Oui, mais je ne sais toujours rien de concret sur lui.

J'en parle autour de moi, ma soeur me dit qu'il lui faut plus de renseignements pour voir ce que l'on peut faire pour l'aider. Copine adorée sent que je me suis attachée à cet homme, que j'ai envie et besoin de l'aider, comme si je m'aidais moi-même. Elle a raison.

Ce matin je me suis arrêtée acheter des pains au lait pour les lui donner, dans l'espoir de le voir, il n'était pas là.

Je vais continuer à l'attendre, à espérer le voir, pourvu que ce jour arrive vite, j'espère pouvoir l'aider et même si ce n'est pas le cas je serai toujours là.

 

13:14

15 mars 2010

Huahine

De retour sur la grande île nous avons quelques heures à tuer avant de rembarquer, direction le merveilleux marché. Les étals sont colorés, les odeurs nous mettent l'eau à la bouche, les gens sont adorables, souriants, fleur à l'oreille, poisson cru au lait de coco, riz, bananes, je suis devenue accro.

Le bateau est à quai, prêt à nous embarquer pour une traversée de quelques heures direction Huahine. J'ai longuement entendu parler de cette île, je me languis de la découvrir. Je ne le sais pas encore mais celle-ci va bouleverser ma vie.

Nous arrivons à destination en pleine nuit, nous nous installons sur la plage en attendant le lever du soleil, la roulotte est là, brochettes de thon grillées et riz nous feront patienter. Une fois de plus je vais être surprise lorsqu'un homme se dirige vers nous, s'avance vers mon ami et le salue chaleureusement. Après toutes ces années lui aussi l'a reconnu. Il nous invite à installer notre tente chez lui, ce sera notre lieu de séjour. Le matin toute la famille nous accueille, enfants, adultes, sourires, fleurs comme la tradition l'exige. Nous ne souhaitons pas les déranger mais très vite nous vivons avec eux et sommes considérés comme faisant partie de leur famille. Augustine, Frédéric, Marutea, Hinanui, Ereani, Manini, Elvira. Nous passons de merveilleux moments, partageons nos repas, vivons au rythme du soleil. Une certitude m'envahit soudain: je veux vivre ici, avec eux, comme eux. Je m'y sens tellement bien, ici tout me parait simple, il n'y a pas de faux semblants, la vie y est parfois rude et précaire mais qu'importe. Si nous le voulons nous pouvons rester ici pour toujours, le terrain nous est donné, une maison sera construite, nous sommes adoptés. Certains impératifs ne nous le permettrons pas à notre immense déception.

Les jours passent et nous reculons chaque jour la date du départ, nous sommes tellement bien ici, nous faisons de merveilleuses rencontres. Joshua nous fait visiter l'île, les marae, temples sacrés, les plantations de vanille siuées dans la fôret, les parties de pétanque, nous passons de bons moments en sa compagnie. Teva, ancien surfeur devenu pêcheur de maï-maï, le goût du poisson à peine sorti de l'eau, la hinano bien fraîche.

Ce soir là nous décidons de cuisiner ensemble, ils cuisineront tahitien, je cuisinerai français. Au port nous achetons un thon frais entier, Manini le prépare façon sashimi sauce huître, cru au lait de coco, grillé accompagné de Uru (fruit de l'arbre à pain). De mon côté j'improvise avec le peu de produits trouvés. Ce sera taboulé, caviar d'aubergines, fromage et vin rouge. Ma cuisine leur plaît, ils sont tellement heureux de pouvoir goûter à ces recettes qu'ils ne connaissent pas. Nous discutons longuement, ils sont tellement avides de connaître notre façon de vivre, notre pays, notre ville, sans une seule pointe d'envie. J'apprécie ces échanges, je me sens bien avec eux, je suis chez moi. La soirée se termine par des chants au son du ukulele, au bord du lagon, sous les étoiles.

Il ne nous reste plus que quelques jours à partager avec eux, déjà je sens mon coeur se serrer mais je veux profiter au maximum. Ce matin là deux surprises m'attendent. A peine levée je vais me baigner, j'aperçois non loin un banc de dauphins. Ni une ni deux j'enfile mon attirail, retourne à l'eau, nage dans leur direction en tapant sur l'eau pour les attirer. Ils approchent, ils sont là tout près de moi, je n'y crois pas, ils sont magnifiques, restent un moment puis s'éloignent. Plus tard je me rend au port et vois un attroupement. Une baleine et son baleineau sont rentrés dans le port. Je m'y attarde un moment, ils disparaissent, je pars flâner sur la plage de corail qui jouxte notre campement. Je regarde l'océan, réalise à quel point ce voyage m'a chamboulée, combien ces gens vont me manquer lorsqu'à quelques mètres de moi une masse sors de l'eau. La baleine est là. Je suis tellement stupéfaite que j'ai peine à y croire, le baleineau est là aussi et tous deux nagent sous mon regard ébahi. Manini me dit que c'est de bon augure. Je n'en reviens toujours pas.

La date du départ approche, il est malheureusement temps de nous quitter. Je laisse beaucoup de mes affaires aux filles, mes palmes, masque et tuba iront à Frédéric, je promet de renvoyer le reste dès mon retour en France. Les mots tremblent, les yeux s'emplissent de larmes, nous sommes couverts de colliers de coquillages qui sont de rigueur lors des départs. Toute la famille est rassemblée pour nous souhaiter un bon retour, nous nous promettons de garder contact, nous espérons revenir un jour. Les au-revoirs sont déchirants, nous sommes en pleurs lorsque nous montons à bord du bateau qui nous ramènera vers la grande île. La tempête fait rage cette nuit là, la mer est déchaînée, nous sommes soulagés lorsque nous posons pied à terre. Ce contretemps ne nous permettra pas d'honorer le rendez-vous pris pour immortaliser notre voyage à notre grande déception. Le coeur lourd nous nous apprêtons à passer notre dernière nuit dans cet archipel. Nous ne nous mêlons pas aux touristes présents, nous n'y arrivons pas. Nous avons vécu avec et comme les polynésiens, nous nous sentons totalement étrangers à ces heureux gagnants d'un voyage pour une semaine tous frais payés.

Ce mois passé ici nous aura appris beaucoup sur nous mêmes, les expériences humaines ont été magiques, les rencontres et les liens créés resteront à tout jamais dans ma mémoire. Lorsque nous montons dans l'avion c'est un déchirement, l'avion décolle alors que je pleure à chaudes larmes en regardant l'Océan Pacifique.

15:22

14 mars 2010

Fenua

Au coeur de la nuit l'avion atterrit enfin. L'aéroport est si petit, en plein air, il ne ressemble à aucun autre. Le tapis roulant déverse nos bagages, check point, coup de tampon sur le passeport, l'aventure commence.

Nous sortons dans la nuit chaude et humide, les odeurs nous assaillent. C'est un mélange enivrant de vanille et de fleurs mélées, un bonheur olfactif. Direction le port, les premières lueurs du jour apparaissent, nous découvrons cette île merveilleuse en attendant le bateau. Le voyage a été long, fatigant, nous sommes déboussolés, en plein décalage horaire, mais impatients de découvrir cet immense archipel, ces gens, cette culture.

Notre première escale durera quelques jours et déjà nous nous dirigeons vers cette pension située au bord du lagon. Il est tôt mais le soleil est mordant, l'eau turquoise, les fleurs à profusion, bougainvillés, hibiscus, tiaré, frangipanier, je m'émerveille devant tant de beauté. Nous nous installons dans cette pension, les hôtes sont tellement accueillants, faites comme chez vous, il y a une pirogue à votre disposition, là le faré pour cuisiner. Au loin nous apercevons la barrière de corail, le grondement des vagues s'y brisant est impressionnant, l'océan nous appelle irrésistiblement, masque, palmes, tuba, nous n'attendons pas une minute de plus. Quel délice, l'eau est chaude, le soleil brûlant, les poissons multicolores, les patates de corail, je me croirais dans un aquarium géant. Nous profitons de ces instants, je n'y crois toujours pas, nous sommes enfin ici. Nous partons nous promener sur cette île, dire bonjour à Roonui, un des meilleurs tatoueurs de l'archipel. Même après toutes ces années il se souvient de mon ami. Nous reviendrons à la fin de notre voyage, rendez-vous pris pour immortaliser notre périple. Le premier soir je regarde le ciel et je me sens perdue, plus de repères, les étoiles ne sont pas les mêmes dans l'hémisphère sud, j'ai l'impression de voir la courbure de la terre, c'est une sensation étrange.

Direction la grande île, le premier bateau en partance sera notre destination. Le marché déborde de fruits et légumes exotiques, régime de bananes, riz, poisson, coco, ravitaillement emballé, renseignements pris, ce sera les atolls.


Le bateau est plein, le voyage va être long, 36 heures à partager cet espace où chacun s'installe. Nous discutons, profitons du soleil sur le pont, dormons, rions avec nos compagnons de voyage qui s'étonnent de nous voir ici, avec eux, nous ne sommes pas dans des cabines comme d'autres touristes. Non. Nous voulons partager, échanger, vivre avec eux et comme eux. Ils apprécient. Première escale, premier atoll. Nous en profitons pour descendre à terre, c'est magnifique. L'eau turquoise, le vent dans ces immenses arbres aux fines aiguilles, la vie est présente mais discrète, nous lions connaissance, notre présence semble étonner. Dernière étape et nous serons enfin arrivés. Au loin nous voyons enfin se profiler la passe qui permettra au bateau de se faufiler à l'intérieur du lagon. Je réalise combien cet atoll n'est rien au milieu de l'océan. Un pick-up nous conduit à cette pension où Nanua nous accueille chaleureusement. Lui aussi se souvient de mon ami. Une tente au bord du lagon, dès le réveil nous nous jetons dans cette eau chaude et transparente. Ici c'est le berceau des perles, la beauté à l'état brut, noires, aubergines, vertes, rondes, baroques, cerclées, elles sont magnifiques. Je réalise que nous vivons sur une bande de corail longue d'à peine quelques kilomètres en plein milieu de l'immensité océanique, c'est assez troublant.

Cet atoll est réputé pour la plongée sous-marine, je passe outre mes peurs et je me décide. Bouteilles, masque, palmes, à moi les profondeurs océaniques. Poissons chirurgiens, Napoléon, demoiselles, requins je suis en transe et ne veux plus remonter à la surface. Je ne sais pas encore ce qu'il m'attend, une expérience qui me marquera à jamais. L'après-midi nous embarquons en zodiac direction le grand large, les plongeurs confirmés se mettent à l'eau, mon amie et moi sommes autorisées à y aller également uniquement équipées de masque et tuba. Nous mettons la tête dans l'eau, du bleu à perte de vue, seuls quelques rayons de soleil percent cette immensité, nous ne voyons pas le fond, et réalisons soudainement que nous sommes en plein Océan Pacifique, par 100 mètres de fond, n'importe quoi peut surgir nous ne le verrons pas venir. Nous nous prenons la main sous l'eau pour nous rassurer. Le courant est fort et nous emmène vers la passe du lagon. Nous n'avons rien à faire à part nous laisser emporter par le courant et observer. Le spectacle qui s'offre à nous est somptueux, requins gris, marteaux, pointe blanche, raies manta, poissons par milliers, coraux en tout genre, nous sommes comme deux enfants. Nous ne nous faisons pas prier pour recommencer une seconde fois, de retour sur terre nous sommes surexcitées et avons peine à nous endormir une dernière fois en ce lieu. Demain nous repartirons vers la grande île pour d'autres horizons, nous saluons chaleureusement tous ces gens qui nous ont accueillis non sans une boule au ventre.


10:05

12 mars 2010

Ecorchée vive

Les choses sont là, au fond de moi, dans mon corps, dans ma tête, dans mes entrailles. Je les sens couler dans mes veines, battre au rythme de mon coeur, elles ne s'évaporent pas, ne suivent pas le chemin bleu du sang. J'inspire, j'expire, rien n'y fait. Je sers les dents, me mords la bouche, les lèvres, ferme fort les yeux. Aucun débordement.

J'aimerai que toutes ces choses ne soient qu'un rêve. Un mauvais rêve duquel je me réveillerai en sursaut, soulagée.

Je me dis que tout ça n'est pas réel, que ça n'a pas pu m'arriver, que je ne l'ai pas cherché, que je ne l'ai pas mérité. Et pourtant. Les blessures sont béantes, des plaies immenses qui ne demandent qu'à se refermer mais qui souffrent de contrecoups les empêchant de cicatriser.

Je suis emplie d'amertume, d'incompréhension, de questions. Ça passe et ça revient. L'extérieur lisse, l'intérieur tourmenté, ne pas laisser entrevoir, avancer comme si de rien n'était. Comme si. Faire semblant, ne pas penser, s'étourdir de tout, oublier.

Le visage marqué, le sourire fané, les rires qui n'en sont pas, les yeux vides, tristes, les pensées brouillées, les certitudes qui volent en éclat, l'insouciance perdue.

Ecrire pour se libérer, les mots font mal, se faire violence, apprendre de ses erreurs, ne pas brûler les étapes, se reconstruire, sentir un souffle nouveau, hurler comme au premier jour. Respirer enfin.


22:34