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19 mai 2010

Faux amis

Je me souviens lorsque j'étais à l'école des cours d'anglais. J'aimais bien ça, je n'étais pas mauvaise, j'avais même pensé en faire mes études, finalement ça a été les sciences. Je me souviens de la prof d'anglais, de ses tenues extravagantes, des livres de leçons, de Brian. Je me souviens de la grammaire, de la galère, des verbes irréguliers, des faux-amis.

Les faux-amis, ceux dont tu penses comprendre et connaître le sens. Les faux-amis, ceux en qui tu as confiance. Actually, library, dispute, eventually, vacation, character. La liste est longue, trop longue. Déjà à l'époque ils compliquaient la vie ces faux-amis, avec le temps ils n'ont pas changé, pas pris une ride, ils sont coriaces. A chaque fois tu y crois, tu penses savoir les gérer, les apprivoiser, tu les as entendus des centaines de fois, tu leur fais confiance malgré tout, pourtant leur nom n'est pas équivoque. Faux-amis.

Oui on t'avais prévenue, ce sont des faux-amis, quoi de compliqué à comprendre là dedans ? Fais pas la naïve, tu le sais, tu les connais désormais, arrête de les employer ces mots qui sous couvert d'un sens en cachent un autre. Tu crois savoir parler couramment leur langue, tu crois que leur sens va changer juste parce que tu le souhaites, tu crois qu'ils sont dignes de confiance ? Ah mais si c'était le cas ils ne s'appelleraient pas comme ça, ils auraient changé de nom, d'attitude, tu pourrais les employer sans crainte. Change de style, emploie des termes que tu connais, qui t'appartiennent, les faux-amis tu peux t'en passer, tu peux écrire, parler sans eux.

Les faux-amis ne valent pas la peine de gaspiller ton temps, ton énergie, tu peux les laisser de côté, écris ta vie sans eux, ce ne sera peut-être pas de la grande littérature, ce ne sera peut-être pas facile, change de vocabulaire, change de vie.

22:36

15 mai 2010

Un air

Les fenêtres grandes ouvertes le vent s'engouffre dans l'appartement, il est frais mais qu'importe. Il est signe de soleil, de sourire, de chaleur. Un air de musique d'abord lointain s'amplifie au fil des minutes jusqu'à emplir tout l'espace. Je pense tout d'abord à une musique qui s'échappe d'un appartement voisin mais le son est trop net, je me laisse guider par la mélodie, elle vient de la rue. Un trompettiste souffle à pleins poumons accompagné d'autres instruments enregistrés. Je reste là à l'écouter, accoudée à la rambarde, au soleil. Quel doux moment. La trompette déballe ses notes, je pense à un air de tango sans savoir si ça en est un. Charmée par cette mélodie, par cet instant qui transforme la rue, je me sens transportée ailleurs.

Un salon, du velours, des fauteuils qui m'engloutissent, une ambiance feutrée, le moindre mouvement évoque un frou-frou. Les musiciens s'installent, un trio, j'aime les trios. J'aime observer les musiciens, leurs attitudes, leurs mimiques, leurs regards, ils vivent leur musique,  elle transparaît dans leurs moindres gestes, c'est une chose merveilleuse à mes yeux. Le pianiste se contorsionne, ses doigts experts frôlent les touches, ils les survolent, les violentent, modèrent le toucher si besoin est. Le contre-bassiste me fait vibrer, il ne ménage pas ses cordes, leur son grave et sourd me transperce au plus profond de moi-même, je vibre intérieurement. J'aime cet instrument, j'aime voir le contact entre le musicien et la contrebasse, si imposante, si belle. J'aime ces sons à la fois durs, mélancoliques, tristes, entraînants, la toile de fond d'un morceau, sa colonne vertébrale. Le batteur et sa panoplie de peaux, les cymbales, le charley, la caisse claire, les balais qui la frôle. J'aime ce son doux, son grain, il m'a toujours fait penser à du sable.

L'improvisation est le maître mot, tour à tour chacun se livre, vit, ne fait plus qu'un avec son instrument, une sorte de transe, les visages en sont presque déformés, on les voit peiner, naître, vivre puis mourir avec les notes qu'ils créent, des applaudissements, le trio d'ensemble reprend dans une synchronisation parfaite. Je suis ébahie, comblée d'admiration, ce doit être une sensation unique de jouer ces notes, ces mélodies, de ressentir sa musique, d'être l'espace d'un moment un instrument soi-même, de faire vibrer les gens, de les transporter dans un autre monde, de les faire chavirer. Tant d'émotions à procurer, quel beau rôle à jouer, les musiciens sont des enchanteurs, des libérateurs, ils ont le pouvoir de nous bouleverser, de nous procurer de la joie, de nous raviver des souvenirs, de nous changer d'état.

Le set se termine, les visages sont détendus, l'apaisement général est palpable, j'aime ces instants, j'aime le jazz, mon rêve serait d'aller au Village Vanguard.

17:49

11 mai 2010

Pendant qu'il est encore temps

En se levant ce matin là elle sentit une certaine oppression dans sa poitrine, dans son ventre. Elle crut d'abord que c'était dû à la nuit qu'elle venait de passer, à ces mauvais rêves qui l'agitait. Depuis quelques temps déjà elle ne se sentait pas reposée lorsqu'elle se réveillait. Une douche  brûlante, un petit déjeuner et plus rien n'y paraitrait. En temps normal.
Ce jour là rien n'y fit.


Elle était venue dans cette maison qu'elle connaissait si bien pour fuir les tensions citadines, elle qui aimait tant le calme et la campagne. Elle avait envie de se retrouver, de se ressourcer et de laisser libre cours à ses pensées. Elle savait qu'un jour tout devrait sortir, qu'elle ne pouvait plus continuer à tout enfouir au fond d'elle sans cesse. Et cette oppression qui la martelait depuis des heures déjà. Elle se rendit à l'évidence. Le moment qu'elle espérait et redoutait à la fois était venu.

Elle prépara du thé, s'installa dans la fraîcheur de la terrasse encore ombragée. Elle resta assise un long moment rêveuse, à regarder la feuille blanche, hésitant encore, alors même que l'envie de gratter le papier se faisait grandissante. Elle devait le faire, c'était maintenant ou jamais. L'angoisse la tenait, pour la première fois de sa vie elle allait dévoiler, dire, expliquer tant de choses à celle qui lui avait donné vie.

Pendant un instant elle sentit la nature se figer, comme si le vide s'était créé, elle se détendit et commença à écrire. Les mots se déversaient, sans contrôle aucun, en une sorte d'écriture automatique lui permettant un certain détachement vis à vis de ce qu'elle écrivait.



Maman,

Je t'écris aujourd'hui ne sachant pas comment te dire tout ce que je m'apprête à écrire.
Le temps file maman, je ne veux plus me taire de peur de le regretter par la suite, je veux te dire toutes ces choses heureuses, malheureuses, je voudrais te demander aussi, verbaliser ces sujets dont on ne parle jamais. Je voudrais enfin lever cette pudeur qui entoure notre famille, celle qui fait que nous nous contentons de nous parler sans trop rien dévoiler, sans rien dire qui pourrait blesser, ne pas froisser.
Je me rends compte aujourd’hui que j’ai élevé des murs autour de moi, j’ai cloisonné, mis des barrières et vous ai souvent laissé en dehors de ma vie. Je le regrette amèrement mais je veux que tu comprennes que je ne voulais pas t’inquiéter. De nombreuses fois j’ai eu envie de me confier à toi, chaque fois j’y ai renoncé de peur d’être jugée, incomprise, de peur de te faire de la peine aussi. J’en souffre maman. Je n’ai jamais aimé les mamans trop intimes avec leurs filles mais je déteste encore plus cette distance qui nous sépare parfois.
Tant de fois j’ai eu envie de m’abandonner dans tes bras, d’y pleurer en toute liberté, de me laisser câliner, d‘éclater de rire. Que de retenue, un sourire qui n’en est pas vraiment un et nous parlons de tout et de rien. Je sais que comme toute maman tu sens ces choses, je n’ai pas besoin de te le dire, tu sais quand je vais bien ou quand je suis triste, je sais que tu t’inquiètes pour moi. Mais maman tout ce que j’ai à te dire va bien au-delà de tout ça.
Je souhaiterai te parler en toute liberté, briser ces silences, te dire qu’en tant que femme j’ai souffert au plus profond de ma chair, te dire que j’ai vécu des choses qui sont encore douloureuses aujourd’hui, te dire qu’elles me font peur pour l’avenir, te dire que j’ai perdu toute confiance envers les hommes, te dire que je me sens seule parfois. C’est dur maman, je sais qu’en te disant tout cela je te fais souffrir mais je me dois de te le dire, tout cela fait partie de moi. J’aimerai aussi te raconter mes bêtises, ma naïveté, comment je fais rire les autres souvent, comment j’aime, toi, vous, ma famille.
Maman tu as vécu toi aussi des moments douloureux qui font partie de notre histoire désormais, nous n’en parlons jamais, je me dis que tu as voulu nous protéger, je n’étais moi-même qu’une enfant. Je suis adulte désormais, j’aimerai comprendre, j’aimerai que tu me racontes, j’aimerai que tu puisses toi aussi exorciser tout cela.
Parlons-nous maman avant qu’il ne soit trop tard.

M.

 

Elle reposa son stylo tel un automate, des larmes calmes, de soulagement coulaient le long de ses joues. Elle prit une profonde inspiration, sentit ses épaules se relâcher et se laissa aller dans son fauteuil. Une légère brise la fit frissonner, la journée s'annonçait belle.

 

 

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Crédit Thé Citron

 

 

 

 

Ceci est ma participation au Jeu d'écritures n°4.

 

 

14:34

10 mai 2010

Fatigante

Par moments je suis vraiment fatigante. Un peu pour les autres bien qu'ils en rient, beaucoup pour moi. Je me fatigue souvent moi-même. Oui j'arrive à me soûler toute seule. Je suis tellement tête en l'air, la plupart du temps dans mes pensées, rêveuse que je fais les choses machinalement, sans faire attention. Lorsqu'enfin je sors de ma rêverie je me demande si j'ai bien fait telle ou telle chose, je vérifie donc tout en permanence, je recommence, presque on dirait que j'ai des tocs.

Par exemple j'ai une peur bleue d'oublier mes clés, depuis que j'habite dans un appartement avec ces portes que tu peux fermer de l'extérieur sans avoir les clés ma hantise est de m'enfermer à l'extérieur. (D'ailleurs j'ai appris il ya pas si longtemps que c'était une porte blindée, je me demandais à quoi servait cette grosse barre verticale, je comprends mieux maintenant). Du coup je vérifie dix fois que mes clés sont bien dans mon sac, sac où ma maison entière y figure, je passe donc régulièrement de longues minutes à mettre la main dessus au milieu de tout ce bazar. Sauf que tête en l'air que je suis la plupart du temps je vérifie une fois que je suis dehors, ce qui ne sert plus à grand chose.

Je fais pareil avec les clés de ma voiture, je coupe le contact, les fourre dans mon sac (le même), ferme la porte à la main, tout ça machinalement en pensant à autre chose. Une fois éloignée de ma voiture je suis régulièrement prise d'un sérieux doute. N'aurais-je pas laissé les clés sur le contact ? Ais-je bien fermé les portes ? Dans ces cas là je fais demi-tour et je pars vérifier même si je suis déjà loin.

Quand je pars pour quelques jours je vérifie bien que je n'ai rien oublié, tu peux être sûre que forcément il me manque quelque chose. Quand je pars du travail le soir c'est pareil, j'ai déjà oublié les clés de chez moi sur mon bureau, je vérifie tout mais bien sûr une fois que je suis dans l'ascenseur ou déjà sortie, sinon c'est pas drôle.

Pour tout dire y'a des périodes où je suis tellement tête en l'air que je dois tout noter. Que ce soit pour le travail ou pour des trucs personnels. Je me fais des petits mots, je met des alertes dans mon téléphone, je m'envoie des mails à moi-même. Là je me fatigue vraiment toute seule, j'en rigole, les autres aussi, il vaut mieux.

14:45

06 mai 2010

Bus

Tous les jours je prends le bus, au même arrêt, presque à la même heure. Les gens je finis par les connaître, c'est que ça fait longtemps que je vis dans ce quartier. C'est marrant comme certains matins même en retard je croise ces mêmes personnes, elles sont en retard aussi. Y'a des matins où je vois la fatigue sur les visages, le sommeil qui n'est pas encore parti.

Les gens du soir je les connais moins, oh je reconnais certaines personnes de mon quartier mais le soir c'est plus un mélange d'habitués et d'occasionnels, des gens qui profitent du passage du bus pour s'avancer sur leur trajet. Dans le bus je lis, surtout le matin, j'aime ça. Le trajet du soir ne me donne pas envie de lire, je suis plus dans l'observation, dans les rêveries.

Hier soir alors que j'étais tranquillement assise un homme est monté dans le bus et est venu s'asseoir à côté de moi. Rien de franchement extraordinaire mais dès que je l'ai vu avancer dans le bus je savais qu'il allait venir s'asseoir là. Pourquoi ? Je ne sais pas, je l'ai senti. Il y avait bien d'autres places libres mais il est venu là. Il est libre, la place n'était pas réservée mais je savais qu'il ne s'était pas assis là pour rien. Des gestes, des mots aux contrôleurs qui passaient par là, un bavard je me suis dit. Gagné. Il a commencé à me parler, je suis polie, je souris, j'écoute mais je n'avais pas trop envie de discuter. Ça ne l'a pas dérangé, il pouvait parler à sens unique. Il s'est présenté, a trouvé que j'avais l'air sympathique, a tenté une approche à base de où allez vous comme ça, qu'allez vous faire. J'ai répondu, sans dire grand chose. Je rentre chez moi. Dommage j'aurai bien pris un café, discuté, ça ne vous tente pas, lorsqu'il pleut comme aujourd'hui j'aime bien aller boire un verre, discuter, écouter de la musique, ça me donne de l'énergie la pluie. J'ai répondu que c'était tout l'inverse pour moi. Ce temps a tendance à me rendre ramollo, me donne des envies de cocooning, de lire, d'être tranquille.

C'est bizarre comme ce qu'il m'a dit par le suite m'a rappelé une personne qui a compté dans ma vie. Lorsqu'il pleut il faut se faire du bien, si on laisse notre esprit divaguer comme le temps alors on broie du noir. Lorsqu'il pleut il ne faut pas se laisser aller à la mélancolie et faire des choses qui donnent de l'énergie. J'ai aimé. Il a dit la vie est belle. Je l'ai alors regardé plus précisémment et j'ai eu l'impression de voir cette personne. Les mêmes phrases, la même façon de parler, une odeur qui me semblait familière, même le physique était semblable, il était lui dans quelques années.

Ça m'a remémoré des souvenirs. Un jour je les raconterai.

22:45