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14 novembre 2010

Tourbillons

Les feuilles qui volent au vent, la neige qui tombe, les souvenirs, l'eau qui s'écoule, les pensées, les émotions. Tout n'est que tourbillon.
Elle est rentrée chez elle, la tête ailleurs, pleine de sourires, de souvenirs, d'appréhension aussi. Elle avait la sensation que ce n'étaient que des songes, le temps a filé. Vite, trop vite. Elle oscillait entre la réalité et le fruit de son imagination, l'espace temps s'emmêlait et s'entrechoquait dans son esprit. La dernière fois lui semblait tellement lointaine, elle n'était plus que souvenirs épars mais intenses.
Elle n'avait pas rêvé.
Tout son corps lui rappelait ces instants puissants, brûlants, passionnés, ces instants auxquels elle ne voulait pas se soustraire. Elle portait en elle son odeur si enivrante, un flash dans sa tête à l'instant même où elle l'avait de nouveau sentie. Ses mains, sa bouche, sa voix, tout lui revenait désormais. Ses sens en émoi ne lui laissaient aucun répit, une unique pensée la martelait, celle là même qui la rendait pleine de désir et d'envies.
Elle voulait y croire sans le faire vraiment, elle avait en elle une once d'espoir à laquelle elle se rattachait. Pourtant plus le temps passait plus elle se demandait si tout cela n'était pas un doux rêve dans lequel elle se berçait. Le tourbillon de sa vie l'avait rendue plus forte mais sa sensibilité continuait de transpirer d'elle, comme une effluve, un fil conducteur, un fardeau parfois, qu'elle traînait derrière elle. Devait-elle en finir avec ça, enfouir ses émotions, renier cette part d'elle-même ? Elle ne savait pas. Elle ne savait surtout pas comment y parvenir.
Elle est rentrée chez elle, sous le vent, seule dans la rue noire, balayant les feuilles de ses pieds, regardant le tourbillon qu'elle avait provoqué, se sentant moins seule au milieu de ce tumulte.

12:41

07 novembre 2010

La dernière fois

 

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Elle était là, comme à son habitude, rêvassant dans sa tenue fétiche, celle qu'elle portait chaque fois que la fin approchait. Elle aimait rester derrière la vitre de ces chambres, baignée dans cette douce chaleur elle s'imprégnait de la vue, se laissait bercer par le flot des passants. C'était devenu un rituel, comme un apaisement. Ce soir là l'apaisement tardait pourtant à venir, une multitude de pensées la submergeait.

Une dernière fois, encore un instant, quelques heures tout au plus. J'aime cette vue sur la ville, cette lumière douce qui m'enveloppe, les lueurs telles des lucioles. Je me sens bien ici. Je pourrai rester encore un peu, profiter de cette chambre, là, comme ça. La nuit, la ville et moi.
Cette vie je l'ai choisie, je me sens vivante, je suis comme le vent. Sans frontières, un jour ici, le lendemain ailleurs. J'en ai vu des villes, des paysages, des contrées éloignées où respirer tient lieu du miracle, où la vie est une survie. J'ai croisé tellement de personnes différentes, des discussions sans lendemain, des situations incongrues, moi-même jouant un rôle. Je m'en suis étourdie, je me suis sentie actrice, je suis tellement forte à ce jeu là. Faire semblant. Ces chambres, dans lesquelles j'ai laissé à chaque fois un morceau de moi, si impersonnelles qu'elles soient, me sont pourtant familières, rassurantes. Elles représentent ce que je n'ai pas, ce que j'ai fuit pendant si longtemps, ce que je pensais ne jamais vouloir.
Et si je restai ? Et si aujourd'hui était la dernière fois ?
Je pourrai renaître, m'inventer un personnage, encore une fois. Une ultime fois. Ce personnage serait moi. Enfin moi. Obligée de m'inventer une vie pour pouvoir vivre la mienne. Changer d'identité je connais ça par coeur mais ça me semble si compliqué cette fois-ci. Je n'ai pas le choix, le contraire serait trop risqué.
Je vais rester là, quelques heures encore, laisser mon esprit divaguer, regarder par la fenêtre, m'imprégner de cette vue. La neige s'est mise à tomber, l'évidence s'imposera d'elle même.

 

Elle resta un long moment immobile derrière cette fenêtre qui lui sembla être pour la première fois une ouverture sur le monde, sur la vie réelle. Elle se dit qu'un jour elle ferait partie, elle aussi, de cette foule insouciante qui arpente les rues. Un frisson d'excitation la parcourut. Elle savait désormais. 

 

Ce texte est ma participation au Jeu d'écriture(s) n° 5, mis en valeur grâce au joli dessin de Marlène.

12:40

11 mai 2010

Pendant qu'il est encore temps

En se levant ce matin là elle sentit une certaine oppression dans sa poitrine, dans son ventre. Elle crut d'abord que c'était dû à la nuit qu'elle venait de passer, à ces mauvais rêves qui l'agitait. Depuis quelques temps déjà elle ne se sentait pas reposée lorsqu'elle se réveillait. Une douche  brûlante, un petit déjeuner et plus rien n'y paraitrait. En temps normal.
Ce jour là rien n'y fit.


Elle était venue dans cette maison qu'elle connaissait si bien pour fuir les tensions citadines, elle qui aimait tant le calme et la campagne. Elle avait envie de se retrouver, de se ressourcer et de laisser libre cours à ses pensées. Elle savait qu'un jour tout devrait sortir, qu'elle ne pouvait plus continuer à tout enfouir au fond d'elle sans cesse. Et cette oppression qui la martelait depuis des heures déjà. Elle se rendit à l'évidence. Le moment qu'elle espérait et redoutait à la fois était venu.

Elle prépara du thé, s'installa dans la fraîcheur de la terrasse encore ombragée. Elle resta assise un long moment rêveuse, à regarder la feuille blanche, hésitant encore, alors même que l'envie de gratter le papier se faisait grandissante. Elle devait le faire, c'était maintenant ou jamais. L'angoisse la tenait, pour la première fois de sa vie elle allait dévoiler, dire, expliquer tant de choses à celle qui lui avait donné vie.

Pendant un instant elle sentit la nature se figer, comme si le vide s'était créé, elle se détendit et commença à écrire. Les mots se déversaient, sans contrôle aucun, en une sorte d'écriture automatique lui permettant un certain détachement vis à vis de ce qu'elle écrivait.



Maman,

Je t'écris aujourd'hui ne sachant pas comment te dire tout ce que je m'apprête à écrire.
Le temps file maman, je ne veux plus me taire de peur de le regretter par la suite, je veux te dire toutes ces choses heureuses, malheureuses, je voudrais te demander aussi, verbaliser ces sujets dont on ne parle jamais. Je voudrais enfin lever cette pudeur qui entoure notre famille, celle qui fait que nous nous contentons de nous parler sans trop rien dévoiler, sans rien dire qui pourrait blesser, ne pas froisser.
Je me rends compte aujourd’hui que j’ai élevé des murs autour de moi, j’ai cloisonné, mis des barrières et vous ai souvent laissé en dehors de ma vie. Je le regrette amèrement mais je veux que tu comprennes que je ne voulais pas t’inquiéter. De nombreuses fois j’ai eu envie de me confier à toi, chaque fois j’y ai renoncé de peur d’être jugée, incomprise, de peur de te faire de la peine aussi. J’en souffre maman. Je n’ai jamais aimé les mamans trop intimes avec leurs filles mais je déteste encore plus cette distance qui nous sépare parfois.
Tant de fois j’ai eu envie de m’abandonner dans tes bras, d’y pleurer en toute liberté, de me laisser câliner, d‘éclater de rire. Que de retenue, un sourire qui n’en est pas vraiment un et nous parlons de tout et de rien. Je sais que comme toute maman tu sens ces choses, je n’ai pas besoin de te le dire, tu sais quand je vais bien ou quand je suis triste, je sais que tu t’inquiètes pour moi. Mais maman tout ce que j’ai à te dire va bien au-delà de tout ça.
Je souhaiterai te parler en toute liberté, briser ces silences, te dire qu’en tant que femme j’ai souffert au plus profond de ma chair, te dire que j’ai vécu des choses qui sont encore douloureuses aujourd’hui, te dire qu’elles me font peur pour l’avenir, te dire que j’ai perdu toute confiance envers les hommes, te dire que je me sens seule parfois. C’est dur maman, je sais qu’en te disant tout cela je te fais souffrir mais je me dois de te le dire, tout cela fait partie de moi. J’aimerai aussi te raconter mes bêtises, ma naïveté, comment je fais rire les autres souvent, comment j’aime, toi, vous, ma famille.
Maman tu as vécu toi aussi des moments douloureux qui font partie de notre histoire désormais, nous n’en parlons jamais, je me dis que tu as voulu nous protéger, je n’étais moi-même qu’une enfant. Je suis adulte désormais, j’aimerai comprendre, j’aimerai que tu me racontes, j’aimerai que tu puisses toi aussi exorciser tout cela.
Parlons-nous maman avant qu’il ne soit trop tard.

M.

 

Elle reposa son stylo tel un automate, des larmes calmes, de soulagement coulaient le long de ses joues. Elle prit une profonde inspiration, sentit ses épaules se relâcher et se laissa aller dans son fauteuil. Une légère brise la fit frissonner, la journée s'annonçait belle.

 

 

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Crédit Thé Citron

 

 

 

 

Ceci est ma participation au Jeu d'écritures n°4.

 

 

14:34

17 mars 2010

Départ imminent

Je dois vraiment me dépêcher, le train va partir, je vais finir par le rater. Je ne peux pas me le permettre, pas aujourd'hui. Comment je me débrouille pour être en retard même en me levant aux aurores ?

Quelle idée aussi d'avoir mis ces chaussures et cette jupe qui m'empêchent d'avancer à grandes enjambées. C'est vraiment tout moi ça et cette valise qui pèse une tonne, ah ça si jamais une invitée a perdu la sienne je la dépannerai sans problèmes. Et voilà maintenant que ma mère me tiens le crachoir au téléphone, elle a le chic pour m'appeler au mauvais moment, j'ai beau lui dire que je la rappellerai plus tard elle insiste. Faut dire qu'on est bavardes dans la famille, d'autant plus aujourd'hui. Et pour cause !

Je ne dois absolument pas rater mon train.

C'est le grand jour aujourd'hui. Pas le mien. Le sien à elle. Elle se marie.

C'est bien beau de s'extasier mais là tout de suite je dois accélerer le mouvement, j'y suis presque, je regarde à la va-vite l'affichage des départs, quai F, voiture 8 place 64.

Mon téléphone sonne de nouveau. Maman je te rappelle, je vais rater ce foutu train.

Je vise le quai et le poinçonneur automatique. A ma grande surprise le quai est vide, pas un train, pas un voyageur, pas même un chat ni un pigeon. Ce n'est pas possible, y'a toujours des chats et des pigeons dans les gares.

Oh non ! J'ai raté mon train ! Qu'est-ce que je vais leur dire, qu'est-ce que je vais lui dire ?

Je regarde ma montre sans comprendre, je n'étais pourtant pas en retard.

Je lève les yeux vers la grande horloge du hall de gare.

Tout s'éclaire.

Foutu changement d'heure !

 

 

 

 

Ceci est ma participation au jeu d'écriture n°3 du blog à mille mains à partir de cette photo :

 

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